CRBO aphasie post-AVC : tests et modèle de rédaction
MT-86, BDAE, échelle de Boston : quels tests pour un CRBO d'aphasie post-AVC conforme ? Structure, choix raisonné des batteries et conclusion typologique.

Votre bilan d'aphasie post-AVC ne devrait jamais vous prendre trois heures de rédaction le soir. Pourtant, c'est le CRBO le plus exigeant à rédiger en bilan adulte : il doit porter un diagnostic typologique précis (Broca, Wernicke, conduction, anomique, globale), articuler les scores de plusieurs batteries normées (MT-86, BDAE, DO-80, BREF), et tenir face à un contrôle a posteriori renforcé depuis la suppression de la DAP. Cet article donne la référence clinique complète : sélection raisonnée des tests selon le profil et la phase post-AVC, structure obligatoire du CRBO aphasie en six sections, et formulation de la conclusion typologique, y compris en situation de profil mixte ou atypique. Retrouvez la structure réglementaire complète dans notre guide complet de la rédaction du CRBO.
Si le bilan révèle un tableau mixte aphasie et atteinte cognitive, l'article sur le CRBO en trouble cognitivo-linguistique précise comment distinguer les deux et structurer la conclusion en conséquence.
Pourquoi le CRBO d'aphasie post-AVC est un document à part
En libéral, le CRBO d'aphasie est souvent le premier document opposable après la sortie de Médecine Physique et Réadaptation. Il doit reprendre l'étiologie transmise, poser le diagnostic orthophonique typologique, et fonder la durée de prise en charge. Depuis l'avenant 21 (suppression de la Demande d'Accord Préalable), le bilan n'est plus validé en amont par la CPAM : c'est le CRBO qui porte seul l'opposabilité du projet thérapeutique. Un bilan initial mal structuré ou un diagnostic trop vague fragilise l'ensemble de la prise en charge en cas de contrôle a posteriori.
Le diagnostic étiologique (AVC sylvien gauche, AVC hémorragique, lésion temporale antérieure) appartient au neurologue ou au médecin MPR. Le diagnostic orthophonique (type d'aphasie, sévérité) appartient à l'orthophoniste. Confusion fréquente à éviter dans le CRBO : réécrire le diagnostic neurologique ou affirmer une localisation lésionnelle sans document médical transmis. Le CRBO rapporte les données transmises ("selon le compte-rendu MPR du [date], AVC ischémique sylvien gauche documenté à l'IRM du [date]") et pose le diagnostic orthophonique sur cette base.
La cotation AMO 39,99 (bilan des troubles d'origine neurologique, 103,97 € selon la grille FOF 2026) s'applique en aphasie post-AVC. Elle donne droit à une enveloppe de 120 à 180 minutes de passation. La rééducation associée est cotée AMO 15,7 (40,82 €) pour les patients atteints de pathologies neurologiques. L'arrêté du 25 juillet 2023 impose une structure en six sections obligatoires : anamnèse, observations cliniques, évaluation par axe, tests normés réalisés, conclusion diagnostique, projet thérapeutique. Toute omission (section manquante, scores sans interprétation, diagnostic en creux) constitue un risque documentaire lors du contrôle.
La Haute Autorité de Santé recommande une prise en charge orthophonique précoce en aphasie post-AVC, en phase subaiguë (à partir de 4 à 6 semaines), à raison de 2 à 5 séances hebdomadaires selon la sévérité. Le bilan initial en libéral intervient généralement après retour à domicile, pour documenter le profil post-hospitalisation et fonder la poursuite de la rééducation. (Source : has-sante.fr, recommandations 2020)
Quels tests pour un bilan d'aphasie post-AVC : choisir entre MT-86, BDAE et échelle de Boston
Le choix des batteries conditionne directement la qualité du CRBO. Un bilan d'aphasie post-AVC en libéral repose généralement sur une combinaison de tests standardisés qui couvrent les axes du langage (compréhension, expression, répétition, dénomination, lecture, écriture), le manque du mot (spécifiquement), et les fonctions cognitives associées. Cette section détaille les batteries de référence et leur articulation selon le profil clinique.
Le MT-86 (Protocole Montréal-Toulouse) : la batterie pivot en libéral français
Le MT-86 est la batterie exhaustive de référence en bilan d'aphasie adulte en libéral français. Elle couvre les sept axes du langage (compréhension orale, expression orale, répétition, dénomination, compréhension écrite, lecture à voix haute, écriture) et le calcul. L'étalonnage est adapté à la population adulte francophone, avec des normes par tranche d'âge et niveau d'études. Les scores sont directement intégrables dans le CRBO : score brut, pourcentage de réussite, interprétation (norme, fragile, déficit modéré, déficit sévère).
Pourquoi c'est la référence en libéral FR : reconnaissance institutionnelle (recommandée par la HAS), scores opposables en cas de contrôle, compatibilité avec les logiciels de gestion de cabinet. Le MT-86 permet de documenter un profil complet sur tous les axes, ce qui fonde la classification typologique et le projet thérapeutique.
Limites : durée de passation (2 h à 3 h complètes), inadaptée seule chez un patient très fatigable en phase subaiguë précoce (nécessite un fractionnement sur plusieurs séances). Quand l'utiliser : bilan initial en phase subaiguë (à partir de 4 à 6 semaines post-AVC selon tolérance), bilan de renouvellement, profil à documenter exhaustivement pour une première prise en charge en libéral après sortie MPR.
La BDAE (Boston Diagnostic Aphasia Examination) et son adaptation française
La BDAE est la batterie d'origine américaine, adaptée en français (BDAE-3 ou protocole court), qui constitue la référence internationale pour la classification typologique de Boston. Elle permet de distinguer les six types d'aphasie (Broca, Wernicke, conduction, anomique, transcorticale motrice, transcorticale sensitive, globale) et d'établir le profil de sévérité sur 5 niveaux (Échelle de Sévérité de Boston : 0 = absence de communication fonctionnelle, 5 = troubles minimes).
Apport spécifique : l'Échelle de Sévérité de Boston quantifie la sévérité globale de l'aphasie de manière standardisée, ce qui rend le CRBO plus précis et opposable ("aphasie de type Broca, sévérité 3/5 selon l'Échelle de Boston"). La BDAE inclut également des sous-tests de répétition et de compréhension pointus, avec une analyse fine des paraphasies (phonémiques vs sémantiques).
Différence avec le MT-86 : la BDAE est plus orientée vers la classification typologique, le MT-86 est plus complet sur l'écrit et le calcul. La BDAE seule ne couvre pas exhaustivement l'écrit ni les fonctions cognitives associées. Usage en libéral FR : moins répandu que le MT-86, mais utile quand le profil est atypique ou que la classification typologique est l'enjeu principal (ex. : patient adressé avec un diagnostic hospitalier imprécis).
L'Échelle de Sévérité de Boston (0 à 5) :
- Niveau 0 : absence de communication fonctionnelle, expression et compréhension sévèrement altérées.
- Niveau 1 : communication par gestes ou mots isolés, compréhension limitée.
- Niveau 2 : phrases simples, compréhension partielle des consignes simples.
- Niveau 3 : phrases courtes avec manque du mot fréquent, compréhension préservée pour les énoncés courants.
- Niveau 4 : communication fonctionnelle avec difficultés résiduelles (accès lexical ralenti, paraphasies occasionnelles).
- Niveau 5 : troubles minimes ne gênant pas la communication quotidienne.
Cette échelle est utile dans le CRBO pour quantifier la sévérité globale sans ambiguïté, en complément du diagnostic typologique.
La DO-80 et les épreuves de dénomination complémentaires
La DO-80 est une batterie de 80 items de dénomination d'images, étalonné adulte francophone, avec analyse qualitative des paraphasies (phonémiques, sémantiques), latences, et ébauches efficaces. Le manque du mot est le symptôme le plus fréquent et le plus variable en aphasie post-AVC. Un score global MT-86 en dénomination ne suffit pas à le caractériser : la DO-80 apporte une granularité clinique supérieure.
Pourquoi la dénomination mérite une batterie dédiée : la DO-80 permet de distinguer un manque du mot phonologique (paraphasies phonémiques, ébauches efficaces) d'un manque du mot sémantique (paraphasies sémantiques, latences sans ébauche). Cette distinction oriente directement le diagnostic typologique (profil phonologique en aphasie de Broca ou de conduction, profil sémantique en aphasie de Wernicke ou anomique).
Mention DO-80 vs DENO 100 : la DENO 100 est une alternative avec 100 items, moins répandue en libéral. La DO-80 reste la référence en France pour le manque du mot, compatible avec la plupart des logiciels de gestion. Place dans le CRBO : en complément du MT-86, toujours si manque du mot prédominant ou si le profil typologique nécessite une caractérisation fine de l'accès lexical.
Quand et comment combiner les batteries : logique de sélection selon le profil clinique
Le choix des batteries dépend de la phase post-AVC, du profil clinique observé, de la fatigabilité du patient, et de l'enjeu du bilan (diagnostic initial, renouvellement, profil atypique). Cette section articule la logique de sélection en fonction du contexte clinique.
| Contexte clinique | Batteries recommandées | Ajustements |
|---|---|---|
| Phase subaiguë précoce (4-8 semaines), patient fatigable | MT-86 allégé (axes prioritaires) + DO-80 court | Fractionner sur 3 séances, documenter la fatigabilité dans le CRBO |
| Phase subaiguë, profil à classer (Broca vs Wernicke) | MT-86 complet + BDAE profil de sévérité | BDAE apporte la classification typologique, MT-86 complète l'écrit |
| Phase chronique, bilan de renouvellement | MT-86 axes ciblés sur les axes en progrès/stagnation + DO-80 | Comparaison avec scores initiaux obligatoire dans le CRBO |
| Aphasie légère, profil anomique isolé | MT-86 court + DO-80 + fluences verbales | Privilégier les épreuves sensibles aux atteintes légères |
| Tableau mixte aphasie + atteinte cognitive | MT-86 + BREF ou MoCA + fluences | Voir article CRBO trouble cognitivo-linguistique |
Fluences verbales (catégorielle et phonémique) : systématiquement incluses dans un bilan d'aphasie post-AVC. Valeur diagnostique pour l'accès lexical, sensibilité aux troubles associés (atteinte exécutive, manque du mot). Format standardisé : 60 secondes, "animaux" (catégorielle), "lettre P" (phonémique). Interprétation : score brut, comparaison aux normes par âge et niveau d'études.
BREF (Batterie Rapide d'Évaluation Frontale) : dépistage exécutif en 10 minutes, utile en aphasie post-AVC quand un trouble exécutif associé est suspecté (lésion fronto-temporale étendue, atteinte bifrontale, AVC hémorragique). La BREF ne remplace pas une évaluation neuropsychologique complète, mais elle objective un déficit exécutif qui doit être nommé dans le CRBO et orienter vers une évaluation neuropsychologique si nécessaire.
En phase subaiguë précoce, le patient revient souvent épuisé des séances de rééducation hospitalières. Fractionner la passation sur 3 à 4 séances de 45 minutes, en privilégiant les axes prioritaires (compréhension orale, expression orale, dénomination), permet de documenter un profil initial sans compromettre la tolérance. Le CRBO mentionne systématiquement cette adaptation et la fatigabilité observée.
Structure du CRBO aphasie post-AVC : les six sections obligatoires
L'arrêté du 25 juillet 2023 impose une structure en six sections. Cette section détaille les spécificités du CRBO d'aphasie post-AVC dans chaque section, avec les pièges fréquents à éviter.
Anamnèse : ce qui est spécifique à l'aphasie post-AVC
L'anamnèse en neuro-orthophonie adulte rapporte des faits, jamais des hypothèses diagnostiques. Éléments obligatoires :
- Localisation lésionnelle transmise : selon le compte-rendu MPR du [date], AVC ischémique sylvien gauche documenté à l'IRM du [date]. Ne pas réécrire le diagnostic étiologique, rapporter les données transmises.
- Date de l'AVC : "AVC survenu il y a 3 mois (12 février 2026)". Permet de situer la phase (subaiguë, chronique).
- Type : ischémique (occlusion artérielle) ou hémorragique. Territoire : sylvien, vertébro-basilaire, ACA. Séquelles motrices associées : hémiparésie droite, dysarthrie associée.
- Niveau pré-morbide : profession, niveau d'études, latéralité, langues parlées, hobbies intellectuels (lecture, mots croisés). Détermine directement l'interprétation des scores (un ancien enseignant en lettres versus un maçon : les attentes normatives diffèrent).
- Antécédents orthophoniques hospitaliers : rééducation démarrée à J+4 post-AVC en neurologie, poursuivie en MPR pendant 6 semaines, 3 séances hebdomadaires. Éléments de récupération observée (compréhension partiellement récupérée, dénomination encore sévèrement déficitaire).
- Attentes du patient et de l'aidant : "retrouver l'usage normal de la parole", "reprendre la lecture", "pouvoir téléphoner aux enfants". Fondent le projet thérapeutique.
Piège fréquent : confondre le compte-rendu MPR reçu avec le diagnostic que l'orthophoniste pose. Le CRBO rapporte les données transmises ("selon le CR MPR du...") et pose son propre diagnostic orthophonique en conclusion.
Observations cliniques : ce que l'orthophoniste documente en aphasie
Les observations cliniques décrivent ce que l'orthophoniste a vu et entendu pendant le bilan. C'est la première discrimination clinique qui oriente vers un type d'aphasie.
- Distinction fluente / non fluente : longueur d'énoncé (4 à 6 mots versus phrases complètes), débit (ralenti, haché versus normal à accéléré), effort articulatoire (dysarthrie associée, apraxie de la parole).
- Nature des paraphasies observées en spontané : phonémiques ("papier" pour "cahier"), sémantiques ("fourchette" pour "couteau"), néologismes ("trabache" pour un mot inventé), jargon (suite de néologismes incompréhensibles).
- Conscience du trouble (anosognosie vs bonne conscience) : le patient demande-t-il des reformulations ? Exprime-t-il une frustration face à ses difficultés ? Valeur pronostique : bonne conscience = levier favorable pour la rééducation.
- Fatigabilité : si elle a contraint la passation, le CRBO le documente et explique les adaptations (fractionnement sur plusieurs séances, séances raccourcies à 30 minutes).
- Dysarthrie associée : à distinguer de l'aphasie (trouble moteur de l'articulation versus trouble linguistique du langage), à nommer si présente.
- Comportement face à la tâche : coopération, stratégies spontanées (geste, dessin, ébauche phonémique), utilisation des ébauches (efficaces ou non).
Ne jamais confondre dysarthrie et aphasie dans le CRBO. La dysarthrie est un trouble moteur de l'articulation (atteinte des muscles bucco-faciaux), l'aphasie est un trouble linguistique du langage (atteinte des aires du langage). Un patient peut présenter les deux de manière concomitante (fréquent en AVC sylvien gauche étendu). Le CRBO les nomme séparément : "aphasie de type Broca avec dysarthrie associée légère".
Section tests : présentation des scores et analyse qualitative
La section tests présente les résultats chiffrés et l'analyse qualitative. Structure recommandée : un tableau par batterie, avec scores bruts, pourcentage ou écart-type, et interprétation (norme, fragile, déficit modéré, déficit sévère).
Pourquoi inclure les épreuves dans la norme : elles étayent le diagnostic différentiel et renforcent la spécificité typologique. Exemple : en aphasie de Broca, la compréhension écrite est souvent préservée ou fragile, jamais sévèrement déficitaire (ce qui oriente contre une aphasie de Wernicke). La section tests doit donc inclure tous les axes évalués, y compris ceux dans la norme.
Analyse qualitative obligatoire : un tableau de scores seul n'est pas suffisant pour un CRBO opposable. La section doit commenter la nature des paraphasies, le profil d'erreurs, la dissociation expression/compréhension. Exemple : "En dénomination (DO-80), le patient produit 8 paraphasies phonémiques (ex. : 'papier' pour 'cahier') et aucune paraphasie sémantique. Les latences sont accrues (18 items avec latence > 5 secondes). Le patient produit des ébauches phonémiques efficaces dans 12 cas sur 28 tentatives. Ce profil est cohérent avec une atteinte phonologique, typique de l'aphasie de Broca."
Épreuves non administrées : si une épreuve n'a pas été réalisée (fatigabilité incompatible, trouble associé incompatible), l'indiquer et le justifier. Exemple : "L'épreuve de lecture à voix haute n'a pas été administrée en raison de la dysarthrie sévère associée qui masque le trouble aphasique sur cette tâche."
Conclusion typologique : formuler le diagnostic orthophonique
La conclusion pose le diagnostic orthophonique. Formulation recommandée : "Le bilan met en évidence un profil compatible avec une aphasie de type [Broca / Wernicke / conduction / anomique / transcorticale motrice / transcorticale sensitive / globale], de sévérité [légère / modérée / sévère], secondaire à [étiologie transmise par le médecin MPR, datée]."
L'orthophoniste pose le type d'aphasie et la sévérité orthophonique. Elle ne pose jamais le diagnostic étiologique (qui relève du neurologue). Le CRBO rapporte l'étiologie transmise et pose le diagnostic orthophonique sur cette base.
Les six types classiques d'aphasie (taxonomie de Boston) :
| Type | Caractéristiques cliniques clés |
|---|---|
| Aphasie de Broca | Expression non fluente, ralentie, agrammatisme, manque du mot, paraphasies phonémiques, répétition altérée, compréhension orale préservée ou fragilisée sur énoncés complexes |
| Aphasie de Wernicke | Expression fluente, paraphasies sémantiques fréquentes, jargon possible, compréhension orale sévèrement altérée, anosognosie fréquente, répétition altérée |
| Aphasie de conduction | Expression fluente, paraphasies phonémiques fréquentes, répétition sévèrement altérée, compréhension orale préservée, conscience du trouble préservée |
| Aphasie anomique | Manque du mot prédominant isolé, expression et compréhension relativement préservées, pas d'agrammatisme, répétition préservée |
| Aphasie transcorticale motrice | Expression non fluente, ralentie, répétition préservée (dissociation), compréhension préservée, profil proche de Broca mais répétition épargnée |
| Aphasie transcorticale sensitive | Expression fluente, paraphasies sémantiques, compréhension altérée, répétition préservée (dissociation), profil proche de Wernicke mais répétition épargnée |
| Aphasie globale | Expression et compréhension sévèrement altérées, répétition sévèrement altérée, production limitée à quelques mots ou stéréotypies verbales |
Cas du profil mixte ou atypique : quand le profil ne correspond pas clairement à un type, ne pas forcer la classification. Rédiger : "Le profil aphasique ne correspond pas à un type isolé selon la taxonomie de Boston : il associe une expression non fluente avec agrammatisme (compatible avec Broca) et une compréhension orale sévèrement altérée (compatible avec Wernicke). La fatigabilité importante a limité la passation complète. Une reclassification sera envisagée au bilan de renouvellement selon l'évolution." Cette formulation est plus solide qu'un diagnostic typologique incertain affirmé.
Quand l'aphasie coexiste avec une dysarthrie sévère qui masque le profil expressif : nommer les deux, préciser les limites de l'évaluation. Exemple : "Le bilan met en évidence une dysarthrie sévère associée qui masque partiellement le profil expressif aphasique. La compréhension orale et l'écrit orientent vers une aphasie de type Broca, à confirmer au bilan de renouvellement après récupération motrice."
Mention de l'anosognosie sévère comme facteur limitant la passation : "La conscience du trouble est réduite (anosognosie), ce qui a limité la collaboration aux épreuves. Les scores doivent être interprétés avec prudence."
Mention de la conscience du trouble préservée comme facteur pronostique : "La conscience du trouble est préservée, ce qui constitue un levier favorable pour la rééducation et l'adhésion au projet thérapeutique."
Projet thérapeutique : structurer les objectifs en aphasie
Le projet thérapeutique est structuré, chiffré, justifiable. Les objectifs sont concrets et déclinables en séances. Axes thérapeutiques en lien direct avec le profil typologique :
- Aphasie de Broca : travail de l'accès lexical (dénomination, ébauches phonémiques), production syntaxique (reconstitution de phrases, allongement d'énoncé), fluence (répétition de séries automatisées, lecture répétée).
- Aphasie de Wernicke : travail de la compréhension orale (appariement mot-image, consignes graduées), contrôle des paraphasies sémantiques, conscience du trouble.
- Aphasie de conduction : travail de la répétition (mots, phrases, logatomes), contrôle des paraphasies phonémiques, production écrite.
- Aphasie anomique : travail de l'accès lexical (dénomination, ébauches, stratégies de contournement), fluences verbales.
Fréquence et durée : fourchettes cohérentes avec la littérature (2 à 3 séances hebdomadaires en phase subaiguë, 12 à 24 mois selon sévérité). Guidance familiale : à intégrer comme axe propre, pas comme mention optionnelle. Coordination pluridisciplinaire : MPR, neurologue, neuropsychologue (si évaluation cognitive indiquée), médecin traitant. Orientation vers la Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF) ou associations régionales.
CRBO transmis au prescripteur et au patient (version vulgarisée pour le patient et l'aidant recommandée).
CRBO de renouvellement en aphasie : ce qui change par rapport au bilan initial
Le bilan de renouvellement intervient à 6 mois (première échéance habituelle), à 12 mois, ou en cas d'évolution notable (stagnation, régression, récupération marquée). Ce qui diffère du bilan initial : comparaison obligatoire avec les scores initiaux (tableau comparatif), objectivation de la progression ou de la stagnation, révision du projet thérapeutique.
Ce qui reste identique : structure des six sections obligatoires, tests normés (mêmes batteries si possible pour la comparabilité), conclusion typologique révisée si le profil a évolué.
Piège : omettre la comparaison avec le bilan initial dans le CRBO de renouvellement. C'est le principal motif de fragilité documentaire en cas de contrôle. Format recommandé : un tableau comparatif par axe (score initial, score actuel, évolution en points, interprétation).
Mention de la reclassification typologique possible : un profil Broca modéré en phase subaiguë peut évoluer vers un profil anomique léger à 12 mois. Le CRBO de renouvellement le documente : "Le profil a évolué depuis le bilan initial : l'agrammatisme s'est estompé, l'expression est devenue fluente avec un manque du mot résiduel. Le diagnostic typologique est révisé en aphasie anomique légère."
Monsieur D., 62 ans, bilan initial à 3 mois post-AVC (aphasie de Broca modérée, MT-86 expression orale 55 %, DO-80 52/80). Bilan de renouvellement à 9 mois : MT-86 expression orale 78 % (+23 points), DO-80 68/80 (+16 items). L'agrammatisme a disparu, le manque du mot est résiduel. Le CRBO conclut : "Évolution favorable. Le profil typologique est révisé en aphasie anomique légère. Poursuite de la rééducation à raison de 2 séances hebdomadaires, projet de sevrage progressif à 18 mois."
Pièges fréquents dans le CRBO d'aphasie post-AVC
À partir des contrôles CPAM et des relectures de CRBO en cabinet, voici les pièges les plus fréquents en bilan d'aphasie post-AVC :
- Niveau pré-morbide imprécis ou absent : "niveau d'études secondaires" au lieu de "niveau d'études supérieures, profession de professeur de mathématiques jusqu'à la retraite". La précision conditionne directement l'interprétation des scores.
- Confusion diagnostic orthophonique / étiologique : l'orthophoniste pose le type d'aphasie, le neurologue pose l'étiologie (AVC, démence, traumatisme). Inverser les rôles fragilise le bilan.
- Tableaux de scores incomplets : le MT-86 contient de nombreux axes, le CRBO doit tous les inclure, y compris ceux dans la norme. La force du diagnostic vient du profil croisé.
- Analyse qualitative des paraphasies manquante : la simple liste des scores ne suffit pas. La distinction paraphasies phonémiques vs sémantiques, présence d'ébauches efficaces, type de manque du mot, caractérise le profil de manière déterminante.
- Diagnostic en creux : "troubles du langage" n'est pas un diagnostic. Il faut poser un terme reconnu (aphasie de Broca, de Wernicke, de conduction, anomique, transcorticale, globale) ou expliciter pourquoi le diagnostic ne peut pas être posé à ce stade.
- Guidance familiale omise alors que la sévérité les justifie : l'absence de cette section dans un bilan d'aphasie modérée à sévère est repérable et peut fragiliser le dossier. L'aidant est un partenaire de la rééducation.
- Projet thérapeutique générique copié-collé d'un patient à l'autre : repérable et fragilise le dossier en cas de contrôle. Le projet doit refléter le profil et les objectifs personnels du patient.
- CRBO de renouvellement sans comparaison avec les scores initiaux : le tableau comparatif est obligatoire pour objectiver l'évolution.
- Absence de signature et de date : le CRBO est un document professionnel signé, daté et conservé.
- Fatigabilité non documentée alors qu'elle a contraint la passation : mentionner systématiquement le fractionnement et les adaptations.
Votre CRBO d'aphasie, structuré et conforme, en 30 minutes au lieu de 3 heures.
Trame conforme 2023, OCR des étalonnages MT-86 et DO-80, dictée vocale Whisper, génération IA fidèle aux données. Vous validez, vous signez.
Voir le modèle complet →FAQ : questions fréquentes sur le CRBO aphasie
Que signifie CRBO en orthophonie ?
Le CRBO (Compte Rendu de Bilan Orthophonique) est le document réglementaire obligatoire que l'orthophoniste rédige à l'issue de tout bilan. Il est adressé au médecin prescripteur et au patient. Depuis l'arrêté du 25 juillet 2023 (avenant 20), sa structure est normée en six sections : anamnèse, observations cliniques, évaluation par axe, tests normés, conclusion diagnostique, projet thérapeutique.
Quels tests utiliser pour un bilan d'aphasie post-AVC ?
Le MT-86 est la batterie de référence en libéral français. Il est complété par la DO-80 pour le manque du mot, et par la BDAE ou l'Échelle de Sévérité de Boston quand la classification typologique est l'enjeu principal. Les fluences verbales (catégorielle et phonémique) sont systématiquement recommandées. Le choix définitif dépend du profil clinique, de la phase post-AVC et de la fatigabilité du patient.
Comment formuler le diagnostic dans un CRBO d'aphasie ?
La formulation recommandée est : "Le bilan met en évidence un profil compatible avec une aphasie de type [Broca / Wernicke / conduction / anomique / transcorticale / globale], de sévérité [légère / modérée / sévère], secondaire à [étiologie transmise par le médecin MPR, datée]." L'orthophoniste pose le diagnostic orthophonique (type et sévérité), jamais le diagnostic étiologique.
Que faire si le profil aphasique est mixte ou atypique ?
Ne pas forcer la classification. Rédiger : "Le profil aphasique ne correspond pas à un type isolé selon la taxonomie de Boston : il associe [caractéristiques X et Y]. Une reclassification sera envisagée au bilan de renouvellement selon l'évolution." Cette formulation est plus solide qu'un diagnostic typologique incertain affirmé.
Qu'est-ce que l'aphasie de Wernicke ?
L'aphasie de Wernicke résulte d'une lésion de l'aire de Wernicke (gyrus temporal supérieur gauche). Elle se caractérise par une expression orale fluente mais peu informative, avec des paraphasies sémantiques fréquentes, des néologismes, voire du jargon, et une compréhension orale sévèrement altérée. La conscience du trouble est souvent réduite (anosognosie fréquente). Dans le CRBO, la compréhension orale est l'axe à documenter prioritairement et à distinguer du trouble de l'expression.
Quels sont les exercices pour l'aphasie (et comment les inclure dans le projet thérapeutique) ?
Le projet thérapeutique du CRBO ne liste pas des exercices séance par séance : il formule des objectifs fonctionnels (restaurer l'accès lexical, améliorer la répétition, développer la communication fonctionnelle) et des modalités (fréquence, durée, guidance familiale). Les techniques employées (approche mélodique et rythmique, travail de la dénomination par ébauche, PACE, CAA) peuvent être mentionnées si elles fondent le choix thérapeutique, sans constituer un protocole détaillé.
Qu'est-ce qu'un compte rendu de bilan orthophonique ?
Le CRBO est le document professionnel et réglementaire dans lequel l'orthophoniste consigne les résultats du bilan, pose le diagnostic orthophonique et fixe le projet thérapeutique. Il est distinct du bilan lui-même (les séances de passation) et de la prescription médicale. En aphasie post-AVC, il constitue le document de référence pour la coordination avec l'équipe MPR, le médecin neurologue et les aidants.
Ressources et coordinations recommandées
Pour approfondir la rédaction du CRBO d'aphasie post-AVC et la prise en charge orthophonique en neuro-orthophonie adulte :
- Recommandations HAS sur la prise en charge orthophonique après AVC : has-sante.fr
- Nomenclature de la FNO et texte de l'avenant 20 : fno.fr
- Fédération Nationale des Aphasiques de France, pour l'orientation des patients et des aidants : aphasie.fr
Cet article est rédigé à destination des orthophonistes et professionnels de santé. Il constitue une ressource documentaire à visée pédagogique et ne se substitue pas à une formation clinique, à la supervision professionnelle ni aux recommandations de pratique clinique en vigueur. Les tests et batteries mentionnés sont cités à titre informatif et éditorial. Leur utilisation en cabinet requiert une formation à la passation et à la cotation. Les exemples de formulations proposés sont indicatifs et doivent être adaptés à chaque situation clinique individuelle. Ortho.ia n'est pas un éditeur de tests orthophoniques.