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CRBO dysphasie : exemple détaillé et restitution

Modèle CRBO dysphasie commenté section par section, avec encadré restitution aux familles. Exemple clinique réel, formulations prêtes à adapter.

Ortho.ia10 juin 202620 min de lecture
CRBO dysphasie : exemple détaillé et restitution familles
CRBO dysphasie : exemple détaillé et restitution familles

Vous venez de réaliser un bilan chez un enfant de 6 ans qui montre un manque du mot fréquent, des phrases courtes et une intelligibilité réduite ? Le profil est évocateur d'un Trouble Développemental du Langage (TDL), anciennement désigné dysphasie, et votre CRBO doit documenter précisément ce tableau clinique tout en préparant la restitution aux parents. Cet article présente un exemple annoté section par section et un guide concret pour la séance de restitution du diagnostic.

Pour rédiger un compte rendu de bilan orthophonique conforme à l'arrêté du 25 juillet 2023, la structure est identique à tout CRBO : anamnèse, observations cliniques, évaluation par axe, tests normés, conclusion diagnostique, projet thérapeutique. Mais le CRBO dysphasie a des spécificités qui méritent d'être clarifiées : terminologie, profil dysharmonieux caractéristique, formulation de la sévérité, et surtout préparation d'une séance de restitution familiale adaptée à un diagnostic qui nécessite une prise en charge longue.


Dysphasie, TDL : quelle terminologie dans le CRBO ?

Depuis le consensus international de 2017 (Bishop et al.), le terme recommandé est Trouble Développemental du Langage (TDL). Il remplace "dysphasie", "trouble spécifique du langage oral" (TSLO), "audimutité" et autres appellations historiques. Le TDL désigne un trouble structurel du développement du langage, sans cause identifiée, qui persiste au-delà de 5 ans et impacte plusieurs axes langagiers (phonologie, lexique, morphosyntaxe).

En France, le terme dysphasie reste largement utilisé par les familles, les enseignants, les dossiers MDPH et une partie du corps médical. Dans votre CRBO, la solution recommandée est d'utiliser TDL comme terme principal et de mentionner "anciennement dysphasie" entre parenthèses la première fois. Cela assure la lisibilité pour le médecin prescripteur et pour la famille tout en adoptant la terminologie actuelle.

Exemple de formulation introductive dans votre conclusion diagnostique :

Le bilan met en évidence chez Mathis un profil compatible avec un Trouble Développemental du Langage (TDL, anciennement désigné dysphasie) à prédominance expressive, de sévérité modérée à sévère sur les axes phonologiques et morphosyntaxiques en production.

Cette formulation évite toute ambiguïté et répond à la question Google "Quelle est la nouvelle nomenclature pour la dysphasie ?" sans nécessiter d'explication supplémentaire dans le corps du CRBO. Pour plus de détails sur la distinction entre TDL et retard simple de langage, consultez les recommandations de la Fédération Française des DYS (ffdys.com, rubrique dysphasie/TDL).


Structure attendue du CRBO dysphasie : les 6 sections obligatoires

Le CRBO dysphasie suit la structure réglementaire en 6 sections issue de l'arrêté du 25 juillet 2023 (avenant 20) :

  1. Anamnèse : antécédents, motif de consultation, contexte familial et scolaire.
  2. Observations cliniques : ce que vous avez observé spontanément (communication non verbale, intelligibilité, manque du mot, pragmatique).
  3. Évaluation par axe : phonologie, lexique, morphosyntaxe, pragmatique, fluence/prosodie.
  4. Tests normés réalisés : tableau avec scores et interprétation.
  5. Conclusion diagnostique : TDL, prédominance expressive/réceptive/mixte, sévérité.
  6. Projet thérapeutique : objectifs chiffrés, modalités, durée estimée, coordination.

Point spécifique au profil TDL/dysphasie : la section "évaluation par axe" doit obligatoirement documenter les 5 axes même si certains sont dans la norme. Le profil dysharmonieux (expression déficitaire, réception moins atteinte, pragmatique préservée) est lui-même un élément diagnostique. Mentionner uniquement les axes déficitaires donnerait une image tronquée du tableau clinique et fragiliserait le diagnostic différentiel avec un trouble envahissant du développement (TED/TSA) ou un déficit cognitif global.

Si vous réalisez des bilans de troubles associés (dyspraxie verbale, troubles attentionnels), consultez notre CRBO dyspraxie pour comparer les spécificités rédactionnelles entre ces deux profils fréquemment confondus en début de carrière.


Exemple commenté de CRBO dysphasie

L'exemple ci-dessous est fictif, anonymisé, à des fins pédagogiques uniquement. Il ne doit pas être copié-collé dans un dossier patient réel. Chaque CRBO engage la seule responsabilité du professionnel de santé qui réalise le bilan et adapte le contenu au profil clinique observé.

Anamnèse

Motif de consultation et orientation

Mathis (prénom fictif), 6 ans 2 mois, scolarisé en CP, est adressé en bilan orthophonique sur prescription de son médecin traitant à la demande conjointe de l'enseignante et de la famille. L'enseignante rapporte des difficultés langagières persistantes repérées dès la grande section : phrases courtes, intelligibilité réduite pour les pairs, recherche fréquente du mot, évitement des situations de prise de parole en grand groupe.

Antécédents médicaux et développementaux

Grossesse et accouchement sans particularité. Étapes motrices dans la norme (marche à 13 mois, propreté acquise). Premiers mots aux alentours de 22 mois, premières associations de deux mots à 3 ans. Le retard de langage a été signalé par la crèche puis confirmé en petite section. Audition vérifiée par ORL à 4 ans : audiométrie tonale et vocale normales, pas de déficit auditif identifié. Pas d'antécédent ORL marquant (pas d'otites séreuses répétées). Pas de troubles associés signalés à ce stade.

Contexte familial et scolaire

Mathis est l'aîné d'une fratrie de deux enfants. Famille francophone, communication en français exclusivement. Scolarité en CP dans une école publique de proximité. L'enseignante note un investissement variable dans les activités langagières, une bonne entrée dans les apprentissages mathématiques (dénombrement, résolution de petits problèmes), et un évitement marqué des situations de prise de parole devant le groupe classe.

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Bon à savoir

L'anamnèse TDL/dysphasie doit obligatoirement mentionner la vérification audiologique et l'absence de cause identifiée. Ce sont deux critères d'exclusion du diagnostic différentiel. Un CRBO qui ne documente pas l'audition vérifiée expose l'orthophoniste à un refus de prise en charge par la CPAM en cas de contrôle.

Observations cliniques

Mathis est un enfant souriant, à l'aise dans la salle d'examen, qui accepte la séparation d'avec son parent sans difficulté. Le contact visuel est de bonne qualité, l'attention conjointe se met en place spontanément. Sur le plan langagier spontané, on note un débit ralenti, une intelligibilité partielle pour un adulte non familier, une recherche fréquente du mot avec utilisation de termes passe-partout ("le truc", "la chose") et de circonlocutions ("ça qu'on met dans l'eau" pour désigner un poisson). Les phrases sont majoritairement simples (sujet-verbe-complément), avec omissions de marqueurs morphologiques (accords, conjugaisons). La pragmatique est préservée : Mathis ajuste son regard à l'interlocuteur, alterne les tours de parole, et utilise le langage de façon fonctionnelle (demandes, commentaires, réponses aux questions). Aucun comportement répétitif ou restreint observé.

Commentaire pédagogique : préciser explicitement que la pragmatique est préservée est un élément clé du profil TDL qui le distingue du trouble du spectre de l'autisme (TSA). Dans un CRBO dysphasie, cette mention doit apparaître en observations cliniques, puis être confirmée dans la section "évaluation par axe". Une pragmatique déficitaire orienterait vers un diagnostic différentiel et nécessiterait des investigations complémentaires (bilan psychologique, neuropédiatrique).

Évaluation par axe et scores

L'évaluation a été réalisée sur deux séances de 1 heure, avec fragmentation de la passation pour tenir compte de la fatigabilité observée en fin de première séance. Les épreuves administrées sont issues d'EVALO 2-6 (volet Production et Réception) et de N-EEL (morphosyntaxe).

Axe Observation qualitative Score ET Interprétation
Phonologie Persistance de substitutions de fricatives ([s][ʃ]), simplifications de groupes consonantiques en attaque, omissions occasionnelles de consonnes finales. Articulation préservée sur phonèmes isolés, dégradation en mots complexes. -2,1 ET Déficit sévère
Lexique production Manque du mot fréquent en dénomination, recours systématique aux circonlocutions et mots passe-partout. Stock lexical apparaît qualitativement réduit pour l'âge. -1,8 ET Déficit modéré
Lexique réception Compréhension lexicale en désignation préservée sur le vocabulaire courant, fragile sur les catégories sémantiques moins fréquentes (outils, parties corporelles précises, vocabulaire émotionnel). -0,5 ET Norme
Morphosyntaxe production Phrases majoritairement simples, peu de subordination, marqueurs morphologiques fragiles (accords sujet-verbe, conjugaisons des temps autres que le présent). -2,4 ET Déficit sévère
Morphosyntaxe réception Énoncés simples bien intégrés, fragilités sur les énoncés réversibles complexes et les structures avec dépendances longues. -1,2 ET Fragile
Pragmatique Conduites communicatives bien installées : alternance des tours, ajustement à l'interlocuteur, fonctionnalité du langage. Réticence marquée dans les situations de prise de parole en groupe (stratégie d'évitement, pas de trouble pragmatique structurel). Observation clinique Préservée
Fluence / Prosodie Débit globalement ralenti, présence ponctuelle de pauses de recherche lexicale et de reprises de mots ("le, le, le… papillon"). Pas de bégaiement caractérisé. Prosodie préservée. Observation clinique Préservée

Commentaire pédagogique : le profil dysharmonieux (expression très déficitaire sur deux axes, réception moins atteinte, pragmatique préservée) est caractéristique du TDL à prédominance expressive. Ce profil est immédiatement lisible dans le tableau. Mentionner tous les axes, y compris ceux dans la norme, permet de documenter ce profil dysharmonieux et d'écarter les diagnostics différentiels (TSA si pragmatique déficitaire, déficit cognitif global si tous les axes sont atteints de façon homogène).

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Batteries typiquement utilisées dans ce profil

Pour un bilan de langage oral chez un enfant de 6 ans avec suspicion de TDL/dysphasie, les batteries de référence sont : EVALO 2-6 (jusqu'à 6 ans 11 mois), N-EEL (morphosyntaxe), BILO 3C (à partir de 7 ans). Le choix de la batterie dépend de l'âge exact du patient au moment du bilan. Pour un patient à la limite d'âge (6 ans 10 mois par exemple), privilégiez BILO 3C qui offre un étalonnage plus fin sur la tranche 7-8 ans.

Conclusion diagnostique

Le bilan met en évidence chez Mathis un profil compatible avec un Trouble Développemental du Langage (TDL) à prédominance expressive, de sévérité modérée à sévère sur les axes phonologiques et morphosyntaxiques en production. La compréhension lexicale est globalement préservée. La compréhension morphosyntaxique est fragile sur les structures complexes mais reste dans les limites inférieures de la norme. La pragmatique ne présente pas d'atteinte structurelle. L'ensemble est cohérent avec un TDL (anciennement désigné dysphasie) selon les critères du consensus international 2017 (Bishop et al.).

Le diagnostic différentiel avec un retard simple de langage est écarté compte tenu de la persistance au-delà de 6 ans, de la sévérité des atteintes sur les axes expressifs (scores inférieurs à -2 ET), et de l'absence de cause identifiée (audition vérifiée normale, pas de déficience cognitive notable, contexte langagier familial favorable). Le diagnostic différentiel avec un trouble du spectre de l'autisme est écarté compte tenu de la préservation de la pragmatique et de l'absence de comportements répétitifs ou d'intérêts restreints.

Commentaire pédagogique : formuler explicitement "sévérité modérée à sévère" est une précision centrale qui conditionne la fréquence de prise en charge (2 séances/semaine) et la justification auprès de la CPAM. Une formulation floue type "difficultés langagières persistantes" sans mention de sévérité fragilise le dossier en cas de contrôle. Depuis la suppression de la DAP par l'avenant 21, c'est le CRBO qui porte cette justification.

Projet thérapeutique

Objectifs prioritaires

  1. Consolider l'organisation phonologique : réduction des processus phonologiques persistants (substitutions de fricatives, simplifications de groupes consonantiques), travail sur la conscience phonémique en préparation de l'apprentissage de la lecture.
  2. Enrichir le stock lexical en production : par champs sémantiques structurés, travail sur la stratégie de dénomination (catégorisation, attributs), compensation du manque du mot par stratégies de contournement.
  3. Développer la complexité morphosyntaxique : accords sujet-verbe, conjugaisons des temps fréquents (présent, passé composé, futur proche), structures syntaxiques complexes (relatives, subordination).
  4. Préparer les apprentissages de l'écrit en CP : consolidation de la conscience phonémique, correspondance phonèmes-graphèmes anticipée, travail sur la manipulation syllabique et phonémique.

Modalités

Rééducation orthophonique en cabinet libéral, à raison de deux séances hebdomadaires de 30 minutes, en individuel. Implication parentale par des conseils de stimulation langagière à la maison et un cahier de liaison. Lien avec l'enseignante (avec accord parental écrit) pour ajustement des aménagements pédagogiques (reformulation des consignes, réduction de la charge verbale en production, support visuel).

Durée estimée

Première phase de prise en charge sur 18 à 24 mois (environ 80 à 100 séances), avec un bilan de renouvellement à 12 mois pour ajuster les axes de rééducation et justifier la poursuite. Une réévaluation des besoins est prévue à l'entrée au CE1 en fonction de l'évolution et de l'impact sur les apprentissages scolaires.

Coordination

Information du médecin traitant pour le suivi global. Lien avec l'enseignante (avec accord parental) sur les axes de la rééducation et les aménagements pédagogiques. Orientation MDPH envisageable selon l'évolution et les besoins en aménagements scolaires (PAP, PPRE, ULIS selon profil). Pas d'orientation pluridisciplinaire indiquée à ce stade, à réévaluer en cas d'apparition de difficultés associées (troubles attentionnels, troubles du comportement, difficultés d'apprentissage de l'écrit).

Commentaire pédagogique : la mention MDPH est spécifique au TDL/dysphasie sévère. Elle distingue ce CRBO d'un CRBO de retard simple de langage et anticipe les démarches que la famille va engager. La reconnaissance du handicap auprès de la MDPH n'est pas automatique pour tous les TDL (elle dépend de la sévérité et des répercussions fonctionnelles), mais votre CRBO est une pièce justificative centrale du dossier MDPH. Une pétition à l'Assemblée nationale (2025) demande actuellement une harmonisation nationale des critères MDPH appliqués aux troubles du langage.


Restitution aux familles : comment annoncer le diagnostic TDL/dysphasie

La séance de restitution du diagnostic TDL/dysphasie est un moment clinique à part entière, distinct du CRBO écrit que vous allez remettre. Elle mérite une préparation spécifique. Un diagnostic de TDL implique une prise en charge longue (2 à 4 ans selon la sévérité), des aménagements scolaires, et parfois un dossier MDPH. Les parents arrivent souvent avec une représentation floue ("il a du mal à parler") ou une inquiétude angoissée ("est-ce qu'il va parler un jour ?"). Votre rôle est de poser un diagnostic clair, de nommer la durée réaliste, et de structurer le parcours de soins.

Structurez la restitution en 3 temps :

  1. Ce qu'on a observé : résumez les observations cliniques en langage accessible. "Mathis a du mal à trouver ses mots, il utilise des mots passe-partout comme 'le truc' ou 'la chose', et ses phrases sont courtes avec des erreurs de conjugaison."
  2. Ce que ça signifie : posez le diagnostic en termes clairs. "Mathis a un trouble du développement du langage. Ce n'est pas un retard qui va se rattraper seul avec le temps : c'est un trouble structurel qui touche la façon dont son cerveau traite et produit le langage."
  3. Ce qu'on va faire ensemble : projetez le parcours de soins. "Avec une rééducation adaptée et régulière, les enfants progressent bien. La rééducation est nécessaire et longue : on prévoit 18 à 24 mois pour cette première phase, avec un point à 12 mois."
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Comment parler du diagnostic aux parents

Ce qu'on dit : "Mathis a un trouble du développement du langage. Ce n'est pas un retard qui va se rattraper seul avec le temps : c'est un trouble structurel qui touche la façon dont son cerveau traite et produit le langage. Avec une rééducation adaptée et régulière, les enfants progressent bien, mais la rééducation est nécessaire et longue."

Ce qu'on évite : "Il a juste du mal à parler" (minimisation qui retarde l'engagement familial dans la rééducation), "c'est comme de la dyslexie" (confusion qui brouille le diagnostic), "il faut voir comment ça évolue" sans poser de diagnostic clair (angoisse les parents encore plus).

Sur la durée : Préparez les parents à une prise en charge de 2 à 4 ans selon la sévérité. Nommer ce chiffre explicitement vaut mieux que de laisser la famille découvrir en cours de route que "ça dure longtemps". Précisez : "On fait un point tous les 12 mois pour ajuster les objectifs et vérifier que la rééducation produit les progrès attendus."

Sur la MDPH : Informez dès la restitution que le CRBO peut servir de pièce au dossier MDPH pour la reconnaissance du handicap et les aménagements scolaires (PAP, PPRE, ULIS selon profil). Précisez que la MDPH n'est pas obligatoire pour tous les TDL, mais qu'elle peut être utile si les difficultés impactent fortement la scolarité ou la vie quotidienne.

Sur le secret médical : Rappelez que la transmission du CRBO à l'école nécessite l'accord écrit des parents. Proposez de rédiger un courrier adapté à l'enseignante (version simplifiée du CRBO avec les aménagements recommandés) si les parents souhaitent informer l'école.

Calendrier recommandé : ne faites pas la restitution le jour même du dernier bilan. Proposez une séance dédiée 48 à 72 heures après, ce qui laisse le temps aux parents de digérer l'annonce du diagnostic et de préparer leurs questions. Prévoyez 30 à 45 minutes pour cette séance, en plus du temps de rédaction du CRBO. Proposez une copie du CRBO commentée oralement, pas seulement remise par courrier. Les parents peuvent avoir du mal à lire un document de 3 à 4 pages rempli de scores et de termes techniques : votre explication orale clarifie le contenu et rassure.


Les spécificités du CRBO dysphasie face au contrôle CPAM

Depuis la suppression de la Demande d'Accord Préalable (DAP) par l'avenant 21, c'est le CRBO qui doit porter la justification de la fréquence et de la durée de prise en charge. La CPAM peut contrôler a posteriori la cohérence entre le diagnostic posé et les modalités de rééducation facturées. Un CRBO dysphasie qui ne documente pas la sévérité ou qui ne justifie pas les 2 séances hebdomadaires expose l'orthophoniste à un refus de prise en charge en cas de contrôle.

Points de vigilance spécifiques au profil TDL/dysphasie :

  • Justifier 2 séances/semaine par la sévérité documentée : vos scores doivent montrer au moins un axe inférieur à -2 ET (déficit sévère) ou deux axes inférieurs à -1,5 ET (déficit modéré sur deux axes). Si tous vos scores sont entre -1 ET et -1,5 ET, la CPAM peut interroger la nécessité de 2 séances hebdomadaires.
  • Argumenter la durée longue par le caractère structurel du trouble : nommez explicitement dans votre projet thérapeutique que le TDL est un trouble structurel, pas un retard transitoire, et que la rééducation se poursuit jusqu'à consolidation des axes déficitaires. Mention obligatoire du bilan de renouvellement à 12 mois.
  • Nommer l'absence de plafond à court terme : un retard simple de langage se résorbe en 6 à 12 mois. Un TDL nécessite 2 à 4 ans de rééducation. Formulez cette durée réaliste dans votre projet thérapeutique pour anticiper la question "pourquoi ça dure si longtemps ?" lors d'un éventuel contrôle.

Piège fréquent : un CRBO qui formule "difficultés langagières persistantes" sans poser le terme TDL/dysphasie est insuffisant pour justifier une prise en charge intensive. La CPAM peut demander un complément de bilan ou refuser la poursuite de la rééducation au-delà de 12 mois. Posez le diagnostic clairement et étayez-le par des scores documentés.

Rappel : les feuilles de cotation ne sont pas à joindre au CRBO (elles restent dans le dossier patient conservé au cabinet), mais les scores doivent apparaître dans le corps du CRBO sous forme de tableau ou de texte structuré. Un CRBO qui mentionne "EVALO 2-6 administrée" sans donner les scores est incomplet et ne tient pas face au contrôle.


En résumé

Le CRBO dysphasie (ou TDL) suit la structure réglementaire en 6 sections issue de l'avenant 20, mais nécessite trois adaptations spécifiques :

  1. Terminologie : utilisez "TDL (anciennement dysphasie)" pour assurer la lisibilité auprès de tous les interlocuteurs (médecin, famille, MDPH).
  2. Profil dysharmonieux : documentez tous les axes langagiers, y compris ceux dans la norme, pour rendre visible le profil expressif déficitaire / réception moins atteinte / pragmatique préservée, caractéristique du TDL.
  3. Restitution structurée : préparez une séance dédiée pour annoncer le diagnostic aux parents en 3 temps (observations / diagnostic / parcours de soins), et anticipez la question de la durée longue de la rééducation (2 à 4 ans selon la sévérité).

Depuis la suppression de la DAP, le CRBO doit justifier la fréquence et la durée de prise en charge. Un diagnostic clair (TDL), une sévérité documentée (scores sous -2 ET), et un projet thérapeutique chiffré (durée estimée, bilan de renouvellement à 12 mois) sont les trois piliers d'un CRBO qui tient face au contrôle CPAM.


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Trame conforme avenant 20, tableau d'évaluation par axe pré-structuré, section restitution familles intégrée.

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Foire aux questions

Que signifie CRBO ?

CRBO signifie Compte Rendu de Bilan Orthophonique. C'est le document écrit que l'orthophoniste adresse au médecin prescripteur à l'issue d'un bilan. Il est obligatoire depuis l'avenant 20 (arrêté du 25 juillet 2023) et suit une structure réglementaire en 6 sections : anamnèse, observations cliniques, évaluation par axe, tests normés réalisés, conclusion diagnostique, projet thérapeutique. Le CRBO doit être remis au patient (ou à ses représentants légaux) et au médecin prescripteur. Il sert de pièce justificative en cas de contrôle CPAM et peut être utilisé dans les dossiers MDPH pour la reconnaissance du handicap.

Quels sont les principaux types de dysphasie ?

La classification traditionnelle (Rapin & Allen, 1983) distinguait 5 types de dysphasie : phonologique-syntaxique, production phonologique, réceptive, lexicale-syntaxique (ou mnésique), sémantique-pragmatique. Dans la nomenclature actuelle TDL (depuis 2017), on parle plutôt de prédominance expressive, réceptive ou mixte, avec description précise des axes touchés (phonologie, lexique, morphosyntaxe). Dans le CRBO, il est recommandé d'utiliser la terminologie TDL avec précision des axes (ex. "TDL à prédominance expressive, avec déficit sévère en phonologie et morphosyntaxe") plutôt que les sous-types historiques, qui ne sont plus reconnus dans les classifications internationales actuelles (DSM-5, CIM-11).

Quelle est la nouvelle nomenclature pour la dysphasie ?

Depuis le consensus international de 2017 (Bishop et al., Journal of Child Psychology and Psychiatry), le terme recommandé est Trouble Développemental du Langage (TDL). Il remplace "dysphasie", "trouble spécifique du langage oral" (TSLO), "audimutité" et autres appellations historiques. En France, le terme "dysphasie" reste utilisé dans les dossiers MDPH et par les familles. Dans le CRBO, l'usage recommandé est : "TDL (anciennement dysphasie)" ou "Trouble Développemental du Langage (TDL), anciennement désigné dysphasie". Cette formulation assure la lisibilité pour tous les interlocuteurs (médecin, famille, MDPH) tout en adoptant la terminologie actuelle. Source : Fédération Française des DYS (ffdys.com).

La dysphasie est-elle reconnue comme un handicap ?

La dysphasie (TDL) peut ouvrir droit à une reconnaissance de handicap auprès de la MDPH, selon la sévérité et les répercussions fonctionnelles sur la scolarité et la vie quotidienne. Le CRBO est une pièce justificative centrale du dossier MDPH. La reconnaissance n'est pas automatique : elle dépend de l'évaluation pluridisciplinaire de la MDPH et des critères appliqués dans le département (hétérogénéité nationale actuelle). Une pétition à l'Assemblée nationale (2025) demande une harmonisation nationale des critères MDPH appliqués aux troubles du langage. Selon la sévérité, la MDPH peut accorder : une Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé (AEEH), un Plan Personnalisé de Compensation (PPC), des aménagements scolaires (PAP, PPRE, orientation ULIS). Source : petitions.assemblee-nationale.fr, initiative i-4151.


Disclaimer médical : Cet article est rédigé à des fins pédagogiques pour des professionnels de santé diplômés (orthophonistes). Les exemples présentés utilisent des données fictives anonymisées. Ils ne constituent pas un modèle à copier-coller et ne remplacent pas le jugement clinique de l'orthophoniste en charge du patient. Toute conclusion diagnostique engage la seule responsabilité du professionnel de santé qui réalise le bilan. Cet article a une visée informative et ne remplace pas un bilan réalisé par un professionnel de santé.

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