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CRBO retard langage 3 ans : exemple DPL3, ELOLA, EVALO-2-6

Modèle de compte rendu de bilan orthophonique pour un retard de langage à 3 ans : anamnèse, scores, conclusion et propositions. Exemple annoté, prêt à adapter.

Ortho.ia11 juin 202618 min de lecture
CRBO retard de langage chez l'enfant de 3 ans : exemple
CRBO retard de langage chez l'enfant de 3 ans : exemple

À 3 ans, chaque enfant construit son langage à son rythme. Mais quand un retard de langage se dessine, rédiger un compte rendu de bilan orthophonique (CRBO) cohérent devient crucial. L'orthophoniste doit articuler l'anamnèse, les résultats des tests étalonnés (DPL3, ELOLA, EVALO-2-6) et une conclusion cliniquement rigoureuse, tout en distinguant un retard simple d'un éventuel trouble développemental du langage (TDL). Cet article présente un exemple annoté de CRBO pour un enfant de 3 ans, adapté librement à votre pratique. Vous trouverez également les choix d'outils, la logique de formulation et les erreurs fréquentes à éviter.

Retard de langage à 3 ans : ce que doit couvrir le bilan orthophonique

À 3 ans, un enfant communique en phrases de 3 éléments (sujet, verbe, complément), dispose d'un vocabulaire de 200 à 300 mots et se fait comprendre par des non-familiers dans 75 % des cas. La compréhension hors contexte s'installe (consignes quotidiennes, questions « où », « qui », « quoi »). Lorsque ce développement n'est pas atteint, la prescription d'un bilan orthophonique s'appuie sur les recommandations HAS 2001, toujours en vigueur pour cette tranche d'âge :

  • Absence de langage intelligible pour les personnes non familières.
  • Absence de structure grammaticale : aucune phrase à 3 mots dont un verbe associé.
  • Troubles de la compréhension signalés par la famille ou la crèche.

Le CRBO documente ces trois dimensions (expression, phonologie, compréhension) en croisant l'anamnèse, l'observation clinique et les scores d'outils standardisés. Il doit mentionner explicitement l'état auditif (audiogramme récent obligatoire) et le contexte de scolarisation (PMI, crèche, petite section).

Retard de langage vs retard de parole : pourquoi la distinction compte dès le CRBO

Le retard de parole concerne principalement la phonologie : un enfant dont le lexique et la syntaxe sont dans la norme mais qui déforme les mots (« tato » pour « gâteau », « posson » pour « poisson »). Le retard de langage touche, lui, les versants lexical, syntaxique et/ou réceptif : stock de mots réduit, absence de phrases construites, compréhension limitée.

Cette distinction conditionne la formulation de la conclusion du CRBO et la nature des objectifs thérapeutiques. Un retard de parole isolé à 3 ans peut justifier une surveillance simple ou une prise en charge ciblée sur la phonologie ; un retard de langage homogène nécessite un accompagnement global de la communication. Ne pas confondre les deux dans vos conclusions décrédiblise le compte rendu auprès du prescripteur.

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Bon à savoir

Selon la Haute Autorité de Santé (mai 2001), « chez l'enfant de 3 à 4 ans, il y a indication de bilan orthophonique en cas d'absence de langage intelligible pour les personnes non familières, d'absence de structure grammaticale ou de troubles de la compréhension ». Ce cadre guide la rédaction du motif de consultation et la conclusion du CRBO.

Quels outils standardisés utiliser à 3 ans ? DPL3, ELOLA, EVALO-2-6

Le choix de l'outil dépend du profil de l'enfant, de la plainte initiale (retard expressif pur ou trouble réceptif/expressif) et du temps disponible. Aucun test ne fait diagnostic à lui seul : l'observation clinique et l'anamnèse co-construisent la conclusion.

DPL3 (Dépistage et Prévention Langage à 3 ans)

Auteurs : F. Coquet et al. (Ortho Edition).

Tranche d'âge : 3 ans, 3 ans 6 mois.

Structure : Questionnaire parental de 10 items portant sur le développement langagier (vocabulaire, phrases, compréhension, communication non verbale).

Ce qu'il mesure : Détection rapide d'un décalage par rapport aux attendus développementaux, à partir du regard des parents.

Limites : Outil de dépistage, non de bilan approfondi. Les scores ne suffisent pas à poser une conclusion orthophonique. Utile en première intention (PMI, enseignants) ou pour vérifier la cohérence entre la plainte parentale et les données cliniques observées en consultation.

Comment le mentionner dans le CRBO : « Le questionnaire DPL3 a été rempli par les parents ; les scores situent l'enfant en zone d'alerte sur les items [préciser]. Ce résultat confirme la nécessité d'une évaluation standardisée approfondie. »

ELOLA (Évaluation du Langage Oral du Jeune Enfant)

Auteurs : C. Boutard, I. Abadie (Ortho Edition).

Tranche d'âge : 2 ans 6 mois à 5 ans 3 mois.

Domaines explorés : Compréhension (consignes, désignation d'images), lexique (vocabulaire en réception et production), morphosyntaxe (structure des phrases produites).

Intérêt pour 3 ans : Évaluation rapide (15 à 20 minutes) permettant d'obtenir un profil quantitatif dans les trois domaines principaux. Particulièrement adapté si le temps de testing est limité ou si l'enfant se fatigue vite. Les résultats s'expriment en centiles (P5, P10, P25, P50, P75, P90, P95), ce qui facilite le positionnement par rapport à la norme.

Ce que les scores apportent à la conclusion : Si tous les domaines sont déficitaires (< P10), on oriente vers un retard de langage homogène. Si la compréhension est dans la norme mais la production très chutée, on suspecte un profil expressif pur.

EVALO-2-6 (Évaluation du Langage Oral)

Auteurs : F. Coquet, P. Ferrand, J. Roustit (Ortho Edition).

Tranche d'âge : 2 ans à 6 ans 11 mois.

Organisation : Batterie modulaire couvrant communication (attention conjointe, tour de rôle), lexique (vocabulaire actif/passif), morphosyntaxe (compréhension de consignes complexes, production de phrases), phonologie (production des sons), mémoire phonologique de travail.

Avantage principal : Profil complet permettant une formulation de conclusion différenciée. L'EVALO-2-6 identifie les domaines préservés et déficitaires, ce qui oriente les objectifs thérapeutiques. La présentation sous forme de tableau (scores bruts, centiles, interprétation) dans le CRBO facilite la lecture par le prescripteur.

Durée : 45 à 60 minutes selon le profil, à répartir sur 2 séances si nécessaire.

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Attention

Ne jamais présenter les scores seuls sans interprétation clinique. Un score au P10 en production lexicale ne suffit pas à conclure ; il doit être croisé avec les données d'anamnèse, l'observation du jeu symbolique, la qualité de la communication non verbale et le profil familial.

Exemple de CRBO : retard de langage chez un enfant de 3 ans

Cet exemple annoté présente la logique de rédaction. Chaque bloc est suivi d'une annotation (en italique) expliquant les choix rédactionnels et les points de vigilance.

En-tête et données administratives

Enfant : Léo M. (identité anonymisée dans cet exemple)
Date de naissance : 15 mars 2022
Âge au moment du bilan : 3 ans 2 mois
Prescripteur : Dr Sophie Durand, pédiatre (Cabinet médical Saint-Louis, Paris 11e)
Date du bilan : 20 mai 2025
Nombre de séances de bilan : 2 (durée totale : 1 h 30)

Annotation : L'âge précis en années et mois est obligatoire pour les outils étalonnés par tranche (EVALO-2-6 distingue 3 ans et 3 ans 6 mois). Le nom du prescripteur complet permet la traçabilité et valorise la coopération médicale.

Motif de consultation et anamnèse

Motif de consultation :
Léo, 3 ans 2 mois, est adressé par le pédiatre pour un bilan de langage oral. La famille et l'enseignante de petite section signalent un retard d'acquisition du langage expressif et réceptif. Léo ne produit aucune phrase construite ; son vocabulaire est estimé à 40-50 mots par les parents. La compréhension hors contexte semble limitée.

Anamnèse :
Naissance à terme (39 SA), poids de naissance 3 200 g, suites de couches simples. Pas d'antécédents ORL significatifs ; otites séreuses traitées à 18 mois, résolution complète. Audiogramme tonal réalisé en février 2025 (Dr Martin, ORL) : audition normale bilatérale. Développement moteur dans la norme : marche acquise à 13 mois, propreté diurne en cours. Scolarisation en petite section depuis septembre 2024 ; l'enseignante note une communication limitée avec les pairs, recours fréquent au geste pour se faire comprendre.

Environnement langagier :
Famille francophone monolingue (parents et fratrie). Léo a une grande sœur de 5 ans dont le développement langagier a été typique. Pas d'antécédents familiaux de troubles du langage ou des apprentissages signalés. Temps d'écran quotidien : 30 minutes (dessins animés en français), lecture d'histoires le soir (10-15 minutes).

Annotation : L'anamnèse doit mentionner le bilan auditif (condition sine qua non), le contexte de scolarisation (observation complémentaire par l'enseignante) et la perception des parents ET de l'école. Le point « environnement langagier » est crucial pour écarter une carence de stimulation ou une situation de bilinguisme précoce non signalée.

Épreuves passées et résultats

Outils standardisés utilisés :
EVALO-2-6 (batterie complète), DPL3 (questionnaire parental complémentaire).

Résultats EVALO-2-6 :

Domaine Score brut Centile Interprétation
Communication (attention conjointe, tour de rôle) 12/20 P25 Légèrement inférieur à la norme
Compréhension lexicale (désignation d'images) 18/40 P5 Déficitaire
Production lexicale (dénomination) 22/60 P5 Déficitaire
Morphosyntaxe réceptive (compréhension de consignes) 8/20 P10 Déficitaire
Morphosyntaxe expressive (production de phrases) 4/20 P5 Déficitaire
Phonologie (production des sons) 14/25 P10 Déficitaire
Mémoire phonologique (répétition de logatomes) 6/15 P25 Légèrement inférieur à la norme

Questionnaire DPL3 :
Scores parentaux situant Léo en zone d'alerte sur 7 items sur 10 (vocabulaire, phrases, compréhension hors contexte). Cohérent avec les données d'anamnèse.

Observation clinique libre :
Léo se montre coopérant lors du testing, maintient le contact visuel, sourit en réponse aux interactions. Il utilise fréquemment le pointage et les gestes pour communiquer. Le jeu symbolique est présent mais peu développé (fait semblant de donner à manger à une poupée, mais ne crée pas de scénarios complexes). Aucune stéréotypie ni comportement répétitif observé. Léo se fatigue après 40 minutes ; une seconde séance a été nécessaire pour compléter l'EVALO-2-6.

Annotation : Le tableau de scores permet une lecture rapide par le prescripteur (format Google-friendly pour featured snippet). L'observation clinique est co-constitutive de la conclusion : elle contextualise les scores et écarte d'autres hypothèses (troubles envahissants du développement, déficience intellectuelle).

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Exemple clinique

Lors de la tâche de dénomination (EVALO-2-6), Léo a désigné « chien » du doigt en disant « ouah ouah », puis « voiture » en produisant le bruit du moteur. Ces tentatives de communication compensent un lexique expressif limité, mais témoignent d'une volonté de communiquer préservée.

Conclusion diagnostique

Profil A (retard simple de langage) :
Au terme de ce bilan, Léo présente un retard homogène du développement du langage oral, touchant les versants expressif et réceptif. Les performances se situent entre le 5e et le 10e centile en production lexicale et en morphosyntaxe expressive. La compréhension hors contexte est également déficitaire (P5 en compréhension lexicale, P10 en morphosyntaxe réceptive). La phonologie est légèrement chutée (P10), cohérente avec l'âge développemental global. Ce tableau est compatible avec un retard simple de langage sans déviance qualitative notable : l'enfant utilise des stratégies compensatoires (gestes, onomatopées), le jeu symbolique est présent, et aucun trouble de la communication sociale n'est observé. Une prise en charge orthophonique est indiquée pour stimuler l'émergence des phrases et enrichir le lexique.

Profil B (suspicion TDL, formulation alternative pour un autre cas clinique) :
Les difficultés présentées par [prénom] dépassent le cadre d'un simple retard quantitatif : on note une dissociation marquée entre la compréhension (P50) et l'expression (< P5), des erreurs phonologiques atypiques (substitutions non-développementales), et une faible mémoire phonologique de travail (P10). Ce tableau nécessite un suivi orthophonique et une réévaluation à 6 mois pour objectiver l'évolution et affiner l'hypothèse de trouble développemental du langage (TDL). Aucun diagnostic de TDL ne peut être posé sur un seul bilan à cet âge.

Annotation : La prudence diagnostique doit figurer explicitement. Un retard simple et un TDL se ressemblent à 3 ans ; seule l'évolution à 6-12 mois permet de différencier. La formulation « compatible avec » ou « en faveur de » plutôt que « diagnostic de » respecte cette prudence. Ne jamais conclure « dysphasie » à 3 ans.

Propositions thérapeutiques

Prise en charge orthophonique :
Fréquence suggérée : 1 séance hebdomadaire (30 minutes), pour une première série de 30 séances. Objectifs prioritaires :

  1. Enrichir le vocabulaire actif (verbes d'action, adjectifs fréquents).
  2. Stimuler l'émergence de phrases à 2-3 éléments (sujet + verbe, verbe + complément).
  3. Améliorer la compréhension de consignes hors contexte (travail sur les prépositions spatiales « dans », « sur », « sous »).
  4. Guidance parentale : conseils pour favoriser les échanges verbaux à la maison (temps de jeu partagé, lecture d'albums, reformulation).

Examens complémentaires suggérés :
Aucun à ce stade. L'audiogramme récent (février 2025) écarte un trouble auditif. Une réévaluation orthophonique sera proposée à l'issue de la première série de séances pour mesurer l'évolution et ajuster les objectifs.

Suivi :
Un compte rendu d'évolution sera adressé au prescripteur à l'issue des 30 séances, avec proposition de renouvellement si nécessaire.

Annotation : La fréquence de prise en charge (1x/semaine) et le nombre de séances (30) doivent être mentionnés pour que le prescripteur puisse prescrire. Les objectifs sont concrets, ancrés dans les déficits objectivés (pas de formulation générique type « stimuler le langage »). La mention d'une réévaluation permet de rassurer sur le suivi longitudinal.

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Les erreurs fréquentes dans le CRBO retard de langage à 3 ans

Ces erreurs reviennent souvent dans les CRBO reçus par les prescripteurs ou transmis à l'Assurance Maladie. Les éviter renforce la crédibilité clinique.

1. Conclusion diagnostique posée sur un seul outil, sans observation clinique.
Un score au P5 en production lexicale ne suffit pas. Il doit être croisé avec l'anamnèse (développement moteur, auditif), l'observation du jeu symbolique, la qualité de la communication non verbale. Un enfant qui compense par le geste et maintient le contact visuel n'a pas le même profil qu'un enfant en retrait social.

2. Confusion entre retard de parole et retard de langage dans la terminologie de conclusion.
Le retard de parole concerne la phonologie (production des sons) chez un enfant dont le lexique et la syntaxe sont dans la norme. Le retard de langage touche les versants lexical, syntaxique et/ou réceptif. Utiliser « retard de langage » quand seul le versant phonologique est touché induit le prescripteur en erreur sur la nature de la prise en charge.

3. Anamnèse sans mention du bilan auditif.
L'audiogramme récent (< 6 mois) est obligatoire avant de conclure à un trouble primaire du langage. Son absence dans le CRBO laisse planer un doute sur la rigueur de la démarche diagnostique.

4. Scores présentés sans interprétation clinique (centiles bruts non contextualisés).
Un tableau de scores sans commentaire est illisible pour le prescripteur. Chaque domaine déficitaire doit être explicité : « La compréhension lexicale (P5) signifie que Léo se situe en dessous de 95 % des enfants de son âge sur cette épreuve. »

5. Absence de propositions thérapeutiques chiffrées (nombre de séances suggéré).
Le prescripteur doit savoir combien de séances vous proposez (30 ? 50 ?), à quelle fréquence (1x ou 2x/semaine), et pour quels objectifs. Sans ces éléments, il ne peut pas prescrire correctement.

6. Formulation des objectifs trop générique (« stimuler le langage ») sans ancrage dans les déficits objectivés.
« Enrichir le vocabulaire actif (verbes d'action, adjectifs fréquents) » est plus clair que « développer l'expression orale ». Les objectifs doivent découler directement des domaines déficitaires identifiés dans les épreuves.

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Attention

Ne jamais mentionner « dysphasie » ou « trouble développemental du langage (TDL) » dans la conclusion d'un CRBO réalisé à 3 ans sur un seul bilan. Ces diagnostics nécessitent une évolution longitudinale (6 à 12 mois de suivi) et des bilans complémentaires (psychologique, neuropédiatrique) en cas de déviances marquées.

FAQ : vos questions sur le CRBO retard de langage à 3 ans

Quels sont les signes d'un retard de langage à 3 ans qui justifient un bilan ?

Un bilan orthophonique est indiqué si l'enfant présente une absence de phrases à 3 éléments (sujet + verbe + complément), un stock lexical inférieur à 200 mots en production, une compréhension limitée hors contexte (consignes quotidiennes non comprises sans geste associé), ou une intelligibilité inférieure à 50 % pour un non-familier. Selon les recommandations HAS 2001, l'absence de langage intelligible pour les personnes non familières, l'absence de structure grammaticale (3 mots dont un verbe associés) et les troubles de la compréhension justifient la prescription d'un bilan. Ces critères guident le médecin prescripteur et doivent figurer dans le motif de consultation du CRBO.

Un enfant peut-il présenter un retard de langage sans être autiste ou sans TDL ?

Oui, le retard simple de langage (développemental, homogène, sans déviance qualitative) est l'entité la plus fréquente à 3 ans. Il concerne environ 10 à 15 % des enfants de cette tranche d'âge (source : DREES, données 2024) et se résorbe souvent avec une prise en charge orthophonique ciblée. Il convient de ne pas conclure à un TDL (trouble développemental du langage, anciennement dysphasie) sur un seul bilan à cet âge. Le CRBO doit mentionner explicitement la prudence diagnostique et prévoir une réévaluation à 6 mois pour objectiver l'évolution. Un retard simple se caractérise par un développement langagier ralenti mais harmonieux, sans dissociation majeure entre compréhension et expression, et sans trouble de la communication sociale.

Quand orienter vers un bilan complémentaire (psychologique, auditif, neuropédiatrique) ?

Orientez vers un bilan auditif approfondi (audiogramme tonal + tympanométrie + PEA si suspicion de surdité légère) si les antécédents ORL sont marqués ou si l'anamnèse ne mentionne aucun examen récent. Orientez vers un bilan psychologique si vous observez une dissociation marquée entre le profil langagier et le profil cognitif global (capacités de raisonnement logique, mémoire visuelle, jeu symbolique très limité). Orientez vers un neuropédiatre si le profil présente des déviances qualitatives (erreurs phonologiques atypiques, dissociation compréhension/expression marquée, régression du langage après acquisition, stéréotypies motrices ou verbales). Mentionnez dans le CRBO la nature de l'examen complémentaire suggéré et le motif : « Un bilan psychologique est proposé pour écarter une déficience intellectuelle globale et affiner le profil cognitif de l'enfant. »

Quelle différence entre retard de parole et retard de langage dans un CRBO ?

Le retard de parole concerne principalement la phonologie (production des sons) chez un enfant dont le lexique et la syntaxe sont dans la norme. L'enfant déforme les mots (« tato » pour « gâteau », « posson » pour « poisson »), mais construit des phrases correctes et dispose d'un vocabulaire adapté à son âge. Le retard de langage touche les versants lexical (stock de mots limité), syntaxique (absence de phrases construites) et/ou réceptif (compréhension déficitaire). La formulation de la conclusion du CRBO diffère selon le profil : pour un retard de parole, on cible « améliorer la production des sons [préciser lesquels] et l'intelligibilité » ; pour un retard de langage, on cible « enrichir le vocabulaire, stimuler la production de phrases à 2-3 éléments, améliorer la compréhension de consignes ».

En résumé

Rédiger un CRBO pour un retard de langage à 3 ans demande de croiser anamnèse, observation clinique et résultats d'outils étalonnés (DPL3, ELOLA, EVALO-2-6). La conclusion doit distinguer un retard simple d'un profil plus complexe nécessitant un suivi longitudinal, sans poser de diagnostic de TDL/dysphasie à cet âge. Les propositions thérapeutiques chiffrées (fréquence, nombre de séances, objectifs concrets) et la mention d'une réévaluation à 6 mois renforcent la crédibilité clinique. Évitez les erreurs fréquentes (scores sans interprétation, anamnèse incomplète, confusion retard de parole / retard de langage) pour transmettre un compte rendu exploitable par le prescripteur et reconnu par l'Assurance Maladie.


Cet article a une visée informative et ne remplace pas un bilan réalisé par un professionnel de santé. Les exemples de CRBO présentés sont fournis à titre indicatif et pédagogique. Chaque compte rendu doit être adapté au profil clinique individuel de l'enfant, aux outils réellement administrés et au cadre légal en vigueur. En cas de doute diagnostique, orientez vers un centre de référence des troubles du langage.

Sources officielles :

  • Haute Autorité de Santé, « L'orthophonie dans les troubles spécifiques du développement du langage oral chez l'enfant de 3 à 6 ans », mai 2001 (has-sante.fr)
  • Ministère de la Santé, « Les troubles de l'évolution du langage chez l'enfant », guide pratique SFP/DGS (sante.gouv.fr)
  • Fédération Nationale des Orthophonistes, nomenclature et recommandations en vigueur (fno.fr)
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