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CRBO retard de parole : trame et items articulatoires

Trame CRBO retard de parole : items articulatoires, EVALO 2-6, BREV, et encadré différentiel retard de parole vs dyspraxie. Structure section par section.

Ortho.ia11 juin 202619 min de lecture
CRBO retard de parole : trame et items articulatoires
CRBO retard de parole : trame et items articulatoires

Un retard de parole isolé se résout souvent avant l'entrée au CP, mais sa persistance au-delà de 4 ans 6 mois justifie un bilan orthophonique. Documenter précisément les processus phonologiques actifs, l'inventaire phonémique et la cohérence entre parole isolée et enchaînée permet de différencier un retard fonctionnel d'un trouble spécifique de la phonologie ou d'une dyspraxie verbale. Cet article détaille la trame CRBO section par section et les items articulatoires attendus.

Retard de parole : ce que le CRBO doit documenter

Un retard de parole désigne une altération de la phonologie avec une structure linguistique globalement préservée : lexique, morphosyntaxe et compréhension dans les normes. Distinct du retard de langage, qui touche plusieurs composantes (vocabulaire, grammaire, compréhension), le retard de parole affecte la production des sons.

Le terme Trouble Spécifique de la Phonologie (TSP) tend à remplacer "retard de parole" dans la littérature récente (post-2020). Cependant, la nomenclature de l'arrêté du 25 juillet 2023 (avenant 20) maintient "retard de parole" comme libellé utilisable en conclusion de CRBO. L'orthophoniste peut donc utiliser l'un ou l'autre, selon son appréciation clinique.

Le CRBO doit impérativement documenter :

  • Inventaire phonémique : phonèmes acquis, absents, en cours d'acquisition.
  • Processus phonologiques : type, fréquence, caractère systématique ou contextuel.
  • Praxies bucco-faciales : mobilité labiale, linguale, vélaire, dissociation volontaire/automatique.
  • Intelligibilité : cotée en contexte familier vs non familier, retentissement fonctionnel.
  • Cohérence parole isolée vs enchaînée : amélioration en répétition isolée, dégradation en charge phonologique.

Bon à savoir : selon la Haute Autorité de Santé (recommandations orthophonie 3-6 ans, 2001), la documentation de l'audition et des praxies est obligatoire pour tout bilan de langage oral. Une omission fragilise le CRBO en cas de contrôle.

Un CRBO rigoureux écarte le différentiel diagnostique avec la dyspraxie verbale, documente les fonctions langagières préservées et pose un projet thérapeutique chiffré conforme à la méthode pour rédiger un CRBO.


Trame CRBO retard de parole : section par section

Anamnèse et motif de consultation

Items à renseigner systématiquement :

  • Plainte initiale (famille, enseignant, médecin prescripteur).
  • Âge d'apparition des premiers mots (normes : 12-18 mois).
  • Intelligibilité rapportée par les proches (cotée sur une échelle qualitative).
  • Antécédents ORL : otites séreuses, végétations, tubes trans-tympaniques.
  • Vérification audiologique : audiogramme tonal, test de dépistage en PMI, date et résultat.
  • Contexte familial : bilinguisme précoce, fratrie, niveau de stimulation langagière.
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Attention

L'absence de mention d'une vérification de l'audition dans l'anamnèse fragilise le dossier en cas de contrôle. Même si l'audition paraît normale en consultation, le CRBO doit indiquer par quel moyen elle a été vérifiée (audiogramme, dépistage en PMI, observation clinique).

Exemple de formulation : "Nathan, 4 ans 8 mois, est adressé en bilan orthophonique sur prescription du médecin traitant. La famille rapporte des difficultés de prononciation persistantes, un langage difficilement compréhensible par les adultes non familiers. Premiers mots à 18 mois, premières associations à 2 ans 3 mois. Antécédent d'otites séreuses récurrentes jusqu'à 2 ans, traitées par pose de diabolos. Audiogramme réalisé en janvier 2025 : audition normale bilatérale. Famille francophone, pas de bilinguisme. Fratrie de deux enfants."

Observations cliniques (hors testing)

Documentez ce que vous observez spontanément, avant toute passation de test :

  • Qualité du contact : attention conjointe, réactivité aux consignes verbales, engagement dans l'interaction.
  • Intelligibilité en langage spontané : cotée sur une échelle à 4 niveaux (compréhensible par l'adulte familier uniquement / partiellement intelligible / majoritairement intelligible / totalement intelligible).
  • Processus phonologiques audibles : omissions de consonnes finales (« voi » pour « voiture »), substitutions (« tat » pour « chat »), réductions de groupes consonantiques (« pein » pour « frein »).
  • Prosodie : rythme, intonation, accentuation, fluidité.
  • Fluence : débit, pauses, hésitations, recherches de mots.
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Bon à savoir

Séparer strictement observations cliniques et résultats aux tests normés. Mélanger les deux est le premier reproche lors d'un contrôle par l'Assurance Maladie. Les observations décrivent ce que l'orthophoniste voit, les tests quantifient ce qu'elle mesure.

Exemple de formulation : "Nathan est un enfant souriant, attentif, qui entre rapidement en interaction. Le contact visuel est soutenu. En langage spontané, l'intelligibilité est partielle pour un adulte non familier : je comprends environ 60 % de son discours. Les processus phonologiques audibles sont : omissions de consonnes finales, réductions de groupes consonantiques (/bl/, /pr/, /tr/), substitutions de fricatives sourdes (/s/ → /t/, /ʃ/ → /t/). Prosodie préservée, pas de bégaiement, pas de recherche de mot marquée."

Items articulatoires à documenter

Cette sous-section constitue le cœur clinique du CRBO retard de parole. Chaque item doit être coté, commenté et relié aux normes d'acquisition phonologique francophone.

1. Praxies bucco-faciales

Évaluez la mobilité des organes phonatoires en dehors de toute production phonémique :

  • Lèvres : écartement, arrondissement, protraction, rétraction, alternances rapides.
  • Langue : sortie, rentrée, mouvements latéraux, élévation, abaissement, vibration apicale, claquement contre le palais.
  • Voile du palais : bâillement, émission du /a/ long.

Testez chaque praxie sur imitation (vous montrez, l'enfant reproduit) puis sur ordre verbal (vous dites, l'enfant exécute). Une dissociation entre les deux oriente vers une composante dyspraxique.

À retenir : des praxies bucco-faciales préservées orientent vers un retard de parole phonologique simple. Des praxies perturbées, surtout sur ordre verbal, orientent vers une dyspraxie verbale développementale.

Exemple de formulation : "Praxies bucco-faciales évaluées : mobilité labiale (arrondissement, écartement) et linguale (sortie, élévation apicale) correctes sur imitation et sur ordre verbal. Pas de bavage, pas de trouble du tonus oro-facial. Dissociation volontaire/automatique non observée."

2. Inventaire phonémique

Listez les phonèmes du français que l'enfant produit correctement, ceux qui sont absents de son répertoire et ceux en cours d'acquisition. Référez-vous aux normes d'acquisition phonologique francophone (Chevrie-Muller, Borel-Maisonny) :

  • Phonèmes acquis à 3 ans : /p/, /b/, /m/, /t/, /d/, /n/, /k/, /g/, /f/, /v/, /s/, /z/, /l/, /j/, /w/.
  • Phonèmes acquis à 4 ans : /ʃ/, /ʒ/, /ʁ/.
  • Groupes consonantiques complexes : /pl/, /bl/, /kl/, /gl/, /pʁ/, /bʁ/, /tʁ/, /dʁ/, /kʁ/, /gʁ/, /fʁ/, /vʁ/ (acquis entre 4 ans 6 mois et 6 ans).

Cotez chaque phonème : acquis (production correcte en contexte isolé et en mots), en cours (production correcte en isolé, instable en mots), absent (production incorrecte ou omise).

Exemple de formulation : "Inventaire phonémique évalué en dénomination d'images (EVALO 2-6, épreuve phonologie) : phonèmes acquis /p, b, m, t, d, n, k, g, f, v, l, j, w/ ; phonèmes en cours d'acquisition /s, z/ (substitution fréquente par /t, d/ en contexte de charge phonologique) ; phonème absent /ʃ, ʒ/ (substitution systématique par /t, d/) ; groupes consonantiques /pl, bl, kl, pʁ, tʁ/ absents (simplification systématique en consonne isolée)."

3. Processus phonologiques

Identifiez et nommez les processus phonologiques actifs. Précisez leur fréquence (systématique, partielle, en contexte de charge phonologique élevée) et leur âge de disparition attendu selon les normes :

  • Omission de consonnes finales : "ba" pour "balle" (disparaît vers 3 ans).
  • Réduction de groupes consonantiques : "pein" pour "frein" (disparaît vers 5-6 ans).
  • Substitution de fricatives : /s/ → /t/, /ʃ/ → /t/ (disparaît vers 4 ans).
  • Antériorisation : /k/ → /t/, /g/ → /d/ (disparaît vers 3 ans 6 mois).
  • Postériorisation : /t/ → /k/, /d/ → /g/ (rare, alerte précoce).
  • Assimilation : "tato" pour "gâteau" (disparaît vers 3 ans 6 mois).
  • Métathèse : "pasghetti" pour "spaghetti" (disparaît vers 4 ans).
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Bon à savoir

La terminologie des processus phonologiques varie selon les auteurs (Borel-Maisonny, Ingram, Grunwell). Utilisez les termes que vous maîtrisez, mais restez cohérent dans tout le CRBO. Si vous citez Ingram (1976), utilisez sa classification complète.

Exemple de formulation : "Processus phonologiques actifs : omission de consonnes finales (fréquence 40 %, au-delà de l'âge attendu de disparition 3 ans) ; réduction de groupes consonantiques en attaque (fréquence 80 %, persistance anormale à 4 ans 8 mois) ; substitution de fricatives sourdes /s, ʃ/ par occlusives /t/ (fréquence 70 %, au-delà de l'âge attendu de disparition 4 ans). Pas d'antériorisation, pas d'assimilation à distance."

4. Cohérence parole isolée / parole enchaînée

Un enfant avec retard de parole simple améliore souvent ses productions en répétition isolée (mot unique, syllabe isolée). Une dégradation accrue en contexte de charge phonologique (logatomes complexes, mots plurisyllabiques, phrases longues) avec erreurs inconsistantes oriente vers la dyspraxie verbale.

Testez :

  • Répétition de syllabes isolées : /pa/, /ta/, /ka/, /ʃa/.
  • Répétition de logatomes simples : /pata/, /taka/, /favu/.
  • Répétition de logatomes complexes : /pataka/, /rikapé/, /fʁabulu/.
  • Répétition de mots plurisyllabiques : "papillon", "chocolat", "hélicoptère".
  • Production en phrases : "Le chat mange une souris", "Le crocodile dort dans la rivière".

Exemple de formulation : "Cohérence entre parole isolée et enchaînée évaluée : en répétition de syllabes isolées, productions correctes pour /pa, ta, ka/ ; dégradation en logatomes complexes /pataka/ (simplification en /patata/). En mots plurisyllabiques, maintien des processus phonologiques observés en langage spontané (omissions finales, réductions de groupes). Pas d'erreurs inconsistantes, pas de groping articulatoire. Cohérence préservée, en faveur d'un retard de parole phonologique plutôt qu'une dyspraxie."

5. Intelligibilité

Quantifiez l'intelligibilité en contexte fonctionnel :

  • Adulte familier (parent, enseignant habituel) : 0-25% / 25-50% / 50-75% / 75-100%.
  • Adulte non familier (orthophoniste, inconnu) : 0-25% / 25-50% / 50-75% / 75-100%.

Précisez le retentissement fonctionnel : prise de parole en classe, communication avec les pairs, réticence à parler en grand groupe.

Exemple de formulation : "Intelligibilité cotée à 80 % en contexte familier (parents, enseignante), 50 % en contexte non familier (orthophoniste, inconnus). Retentissement fonctionnel signalé par l'enseignante : Nathan évite de prendre la parole en grand groupe, les pairs le sollicitent peu pour des échanges verbaux. Pas de retentissement sur l'estime de soi à ce stade (rapport parental)."

6. Métaphonologie

Même si la métaphonologie n'est pas strictement articulatoire, elle éclaire le pronostic et la planification de la prise en charge. Évaluez :

  • Segmentation syllabique : frapper dans les mains le nombre de syllabes d'un mot (âge d'acquisition : 4 ans).
  • Repérage de rime : "chapeau rime avec bateau, oui ou non ?" (âge d'acquisition : 4 ans 6 mois).
  • Manipulation phonémique : "dis /pa/ sans le /p/" → /a/ (âge d'acquisition : 5 ans).

Exemple de formulation : "Métaphonologie évaluée : segmentation syllabique correcte sur mots bisyllabiques (tape 2 fois pour "chapeau"), fragile sur trisyllabiques. Repérage de rime en cours d'acquisition (50 % de réussite). Manipulation phonémique non évaluée à ce stade (âge insuffisant)."

Tests normés : EVALO 2-6 et BREV

EVALO 2-6

L'EVALO 2-6 (Évaluation du Langage Oral 2-6 ans, Coquet et al., 2009) est l'outil pivot du bilan de langage oral chez le jeune enfant. Dans un CRBO retard de parole, administrez au minimum :

  • Phonologie en production : épreuve de dénomination d'images, cotation des processus phonologiques actifs.
  • Lexique en production (dénomination) : pour vérifier que le retard est bien isolé à la phonologie.
  • Lexique en réception (désignation d'images) : pour écarter un TDL mixte.
  • Compréhension morphosyntaxique : pour écarter un retard de langage global.

Présentez tous les résultats dans un tableau, y compris les épreuves dans la norme.

Épreuve EVALO 2-6 Note brute Écart-type Interprétation
Phonologie en production 18/40 -2,1 ET Déficit sévère
Lexique production (dénomination) 28/35 -0,6 ET Norme
Lexique réception (désignation) 32/35 -0,3 ET Norme
Compréhension morphosyntaxique 22/25 +0,2 ET Norme

Exemple de formulation : "L'EVALO 2-6 met en évidence un déficit phonologique sévère (-2,1 ET) avec un lexique en production et en réception dans les normes. La compréhension morphosyntaxique est préservée. Profil compatible avec un retard de parole isolé, sans retard de langage associé."

BREV

La BREV (Batterie Rapide d'Évaluation des fonctions cognitives, Billard et al., 2006) est utile en complément quand une dimension attentionnelle, mnésique ou cognitive non verbale doit être documentée. Elle couvre 4-9 ans et s'administre en 30 minutes.

Dans un CRBO retard de parole, la BREV permet de confirmer que les fonctions cognitives générales sont préservées, ce qui étaye la conclusion "retard de parole fonctionnel sans comorbidité cognitive". Administrez au minimum :

  • Langage oral : dénomination rapide, compréhension d'énoncés.
  • Fonctions cognitives non verbales : épreuve de raisonnement logique (matrices).
  • Attention : barrage de cibles, épreuve de Go/No-Go.
  • Mémoire : empan de chiffres endroit/envers.

Exemple de formulation : "BREV administrée pour documenter les fonctions cognitives non verbales : raisonnement logique (matrices) dans les normes (-0,4 ET), attention soutenue (barrage de cibles) dans les normes (-0,2 ET), mémoire de travail phonologique (empan de chiffres) légèrement fragile (-1,1 ET), cohérente avec le déficit phonologique. Pas d'atteinte cognitive globale. Profil en faveur d'un retard de parole isolé."

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Conclusion diagnostique : formuler sans ambiguïté

Nommez le trouble explicitement : "retard de parole" ou "trouble spécifique de la phonologie" selon votre appréciation clinique. Précisez la sévérité (léger, modéré, sévère) en vous référant aux écarts-types des tests normés.

Axes touchés : listez les composantes déficitaires (phonologie en production, processus phonologiques actifs, intelligibilité). Axes préservés : listez les composantes dans les normes (lexique en réception, morphosyntaxe, compréhension). Leur mention est aussi importante que les déficits : elle justifie le diagnostic différentiel et écarte d'autres hypothèses (retard de langage, TDL, déficience intellectuelle).

Évitez les formulations en creux : "difficultés de prononciation persistantes" n'est pas un diagnostic. "Nathan présente un retard de parole modéré" est un diagnostic.

Exemple de formulation : "Le bilan met en évidence un retard de parole de sévérité modérée à sévère, caractérisé par la persistance de processus phonologiques (omissions de consonnes finales, réductions de groupes consonantiques, substitutions de fricatives) au-delà des normes d'acquisition attendues pour l'âge. L'inventaire phonémique est réduit (/ʃ, ʒ/ absents, /s, z/ en cours d'acquisition). L'intelligibilité est altérée en contexte non familier (50 %). Les praxies bucco-faciales sont préservées, la cohérence entre parole isolée et enchaînée est maintenue. Le lexique en production et en réception, la morphosyntaxe et la compréhension sont dans les normes. Le diagnostic de dyspraxie verbale développementale est écarté à ce stade. Le diagnostic de retard de langage global est écarté. Profil compatible avec un retard de parole fonctionnel, sans trouble associé identifié."


Différencier retard de parole et dyspraxie verbale dans le CRBO

La frontière entre retard de parole et dyspraxie verbale développementale peut être fine. Le CRBO doit documenter les éléments différentiels suivants :

Critère Retard de parole Dyspraxie verbale
Praxies bucco-faciales Généralement préservées Souvent perturbées, surtout sur ordre verbal
Inventaire phonémique Réduit mais cohérent Très réduit, fluctuant selon les productions
Processus phonologiques Systématiques, prévisibles (ex. : simplification de groupes consonantiques toujours /pʁ/ → /p/) Inconsistants, variables selon les essais (ex. : /pʁ/ → /p/, /pʁ/ → /t/, /pʁ/ → /kʁ/)
Cohérence répétition isolée / parole enchaînée Amélioration en isolé, maintien des processus en charge phonologique Dégradation accrue en charge phonologique, groping articulatoire
Prosodie Préservée (rythme, intonation, accentuation normale) Souvent perturbée (débit ralenti, segmentation syllabique marquée, monotonie)
Réponse à l'imitation Bonne (l'enfant améliore ses productions en répétant après l'orthophoniste) Faible (erreurs inconsistantes même en imitation immédiate)
Progression en rééducation Favorable et rapide (résolution en 6-18 mois) Lente, nécessite un travail moteur spécifique (2-4 ans de prise en charge)

Formulation diagnostique dans le CRBO en cas de retard de parole confirmé : "Le bilan met en évidence un retard de parole d'intensité modérée, caractérisé par la persistance de processus phonologiques (omission de consonnes finales, réduction de groupes consonantiques) au-delà des normes d'acquisition attendues pour l'âge. Les praxies bucco-faciales sont préservées. Les productions sont cohérentes entre contexte isolé et enchaîné. Le diagnostic de dyspraxie verbale développementale est écarté à ce stade."

Formulation diagnostique dans le CRBO si doute persistant : "Le bilan met en évidence un déficit phonologique sévère. Les praxies bucco-faciales sont partiellement préservées sur imitation, fragiles sur ordre verbal. Les productions sont inconsistantes (variabilité inter-essai marquée sur logatomes complexes). La cohérence entre parole isolée et enchaînée est altérée. Un bilan complémentaire ciblé sur les praxies et la motricité oro-faciale est recommandé avant de conclure définitivement entre retard de parole et dyspraxie verbale développementale."

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Bon à savoir

Selon l'American Speech-Language-Hearing Association (ASHA, 2007), les critères diagnostiques de la dyspraxie verbale développementale incluent : (1) erreurs inconsistantes sur les consonnes et voyelles en productions répétées de syllabes ou mots, (2) transitions coarticulatoires prolongées ou incorrectes, (3) prosodie inappropriée. En l'absence de ces trois critères, le diagnostic de dyspraxie ne doit pas être posé.


Projet thérapeutique dans le CRBO retard de parole

Le projet thérapeutique doit être structuré, chiffré et justifiable. Depuis la suppression de la Demande d'Accord Préalable (DAP) par l'avenant 21, c'est le CRBO qui porte la justification de la prise en charge en cas de contrôle.

Objectifs prioritaires à formuler :

  1. Réduction des processus phonologiques cibles (nommer les 2-3 processus prioritaires, ex. : réduction de groupes consonantiques, omission de consonnes finales).
  2. Enrichissement de l'inventaire phonémique (acquisition des fricatives /ʃ, ʒ, s, z/).
  3. Amélioration de l'intelligibilité en contexte de communication (objectif chiffré : passer de 50 % à 80 % d'intelligibilité en contexte non familier).
  4. Travail sur la métaphonologie en anticipation de l'entrée dans l'écrit (segmentation syllabique, repérage de rime, conscience phonémique).

Modalités :

  • Fréquence : 1 à 2 séances hebdomadaires selon sévérité (retard léger : 1 séance ; retard modéré à sévère : 2 séances).
  • Durée estimée de la première phase : 6 à 18 mois selon sévérité (retard léger : 6-12 mois ; retard modéré à sévère : 12-18 mois).
  • Implication parentale : conseils de stimulation langagière à la maison, cahier de liaison pour suivi des objectifs, guidance parentale tous les 2-3 mois.

Coordination :

  • Information de l'enseignant si retentissement en classe (avec accord parental).
  • Lien avec le médecin prescripteur : transmission du CRBO, note d'évolution à mi-parcours.
  • Pas d'orientation pluridisciplinaire à ce stade (réévaluer en cas d'apparition de difficultés associées : lecture, attention, comportement).

Exemple de formulation : "Rééducation orthophonique en cabinet libéral, à raison de deux séances hebdomadaires de 30 minutes, en individuel. Objectifs prioritaires : (1) réduction des processus phonologiques actifs (omission de consonnes finales, réduction de groupes consonantiques) ; (2) acquisition des phonèmes /ʃ, ʒ, s, z/ ; (3) amélioration de l'intelligibilité en contexte non familier (objectif : passer de 50 % à 80 %) ; (4) préparation à l'entrée dans l'écrit (conscience phonémique). Durée estimée : 12 à 18 mois (environ 80 à 120 séances), avec un bilan de renouvellement à 12 mois pour ajuster les axes et justifier la poursuite. Coordination avec l'enseignante (information des axes de rééducation, avec accord parental). Lien avec le médecin prescripteur pour suivi global."


FAQ

Quand s'inquiéter d'un retard de parole chez l'enfant ?

Un retard de parole simple devrait se résorber avant l'entrée au CP (6 ans). La persistance de processus phonologiques au-delà de 4 ans 6 mois (pour les sons simples /s, z, ʃ, ʒ/) et de 5-6 ans (pour les groupes consonantiques complexes /pʁ, tʁ, kʁ/) constitue un signal d'alerte justifiant un bilan orthophonique. Un enfant non compris par les adultes non familiers à 4 ans doit être évalué. Selon la Haute Autorité de Santé (recommandations orthophonie 3-6 ans, 2001), la prescription d'un bilan orthophonique est justifiée devant tout trouble du langage oral persistant au-delà de 5 ans.

Quelle différence entre retard de parole et retard de langage ?

Le retard de parole affecte la phonologie (la production des sons) avec un langage oral globalement dans les normes : lexique, morphosyntaxe et compréhension préservés. Le retard de langage touche plusieurs composantes : vocabulaire restreint, phrases courtes ou mal construites, difficultés de compréhension. Le CRBO doit clairement identifier lequel est en jeu, car les outils de bilan, les objectifs de rééducation et la durée de prise en charge diffèrent. Un retard de parole isolé se résout souvent en 6-18 mois, un retard de langage global nécessite 18-36 mois de rééducation.

Est-ce qu'un retard de parole se rattrape ?

Un retard de parole fonctionnel simple se résout favorablement, souvent avant l'entrée au CP, avec ou sans prise en charge selon la sévérité. Environ 60 % des enfants avec retard de parole léger normalisent spontanément avant 6 ans (données Chevrie-Muller, 1997). Un trouble spécifique de la phonologie (TSP) peut persister et nécessite une rééducation structurée : la moitié des enfants normalisent leur phonologie en 6-12 mois de prise en charge, l'autre moitié nécessite 18-24 mois. Le CRBO doit formuler le pronostic sans l'éluder, en s'appuyant sur la sévérité initiale, la réponse à la rééducation et les facteurs de risque associés (environnement, stimulation, comorbidités).

Qui consulter en cas de retard de parole ?

Le bilan orthophonique est réalisé sur prescription médicale (médecin généraliste, pédiatre, médecin scolaire). Le médecin prescripteur adresse l'enfant à un orthophoniste libéral ou en centre médico-psychologique (CMP). L'orthophoniste réalise l'évaluation, adresse le CRBO au prescripteur et, si nécessaire, informe le médecin de la mise en œuvre du traitement orthophonique (objectifs, nombre et nature des séances). En cas de doute diagnostique ou de troubles associés, le médecin peut orienter vers un centre de référence des troubles du langage (liste disponible sur le site du ministère de la Santé : https://www.has-sante.fr).


En résumé

Un CRBO retard de parole rigoureux documente les items articulatoires précis (praxies, inventaire phonémique, processus phonologiques, intelligibilité, cohérence parole isolée/enchaînée), articule les résultats des tests normés (EVALO 2-6, BREV) dans un tableau, formule le différentiel diagnostique de façon explicite (retard de parole vs dyspraxie verbale vs retard de langage) et pose un projet thérapeutique chiffré (objectifs, durée, fréquence). Ce niveau de précision rend le document opposable en cas de contrôle et utile au prescripteur.

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Cet article a une visée informative et ne remplace pas un bilan réalisé par un professionnel de santé. Tout diagnostic et tout projet thérapeutique relèvent de la responsabilité exclusive de l'orthophoniste qui réalise le bilan. Pour toute question sur la nomenclature en vigueur, consultez les textes officiels de l'Assurance Maladie et de la Haute Autorité de Santé.

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