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CRBO surdité : items spécifiques et adaptations

Trame CRBO surdité : quels items retenir, comment adapter l'EVALO-2-6, intégrer audiométrie et perception, distinguer LSF et oralisme. Guide clinique complet.

Ortho.ia11 juin 202622 min de lecture
CRBO surdité : items spécifiques et adaptations
CRBO surdité : items spécifiques et adaptations

Le premier patient qu'on a envoyé vers mon cabinet avec une surdité profonde bilatérale, j'ai passé une heure à chercher le bon protocole dans mes classeurs. J'ai fini par comprendre que le CRBO surdité ne peut pas se baser sur les mêmes items qu'un bilan langage oral classique. La lecture de l'audiogramme, l'évaluation de la perception vocale, le choix des outils adaptés et la formulation selon la modalité de communication (LSF ou français oral) exigent une trame spécifique. Ce guide détaille les items à intégrer, les précautions de passation et la structure recommandée pour rédiger un CRBO complet conforme aux attentes du médecin prescripteur et des partenaires de soin.

Pourquoi le CRBO surdité exige une trame spécifique

Le CRBO surdité s'inscrit dans un parcours pluridisciplinaire : ORL, audioprothésiste, équipe implant cochléaire, CAMSP ou réseau de suivi. Il doit rendre compte des compétences de communication réelles, en distinguant surdité de transmission, de perception ou mixte, et en précisant le niveau de perte auditive (légère, moyenne, sévère, profonde).

Contrairement à un bilan langage oral classique, le CRBO surdité ne peut pas se limiter aux scores bruts des batteries standardisées. Il intègre :

  • Les données audiologiques : seuils tonaux moyens issus de l'audiogramme, configuration de la courbe (pente descendante, plate, en U).
  • Le type d'appareillage : prothèse auditive conventionnelle, implant cochléaire unilatéral ou bilatéral, BAHA (prothèse à ancrage osseux).
  • La date de mise en place de l'appareillage, déterminante pour interpréter les performances perceptives.
  • La modalité de communication choisie par la famille : français oral (oralisme), LSF (Langue des Signes Française), ou profil bilingue LSF-français.

Le CRBO informe le médecin prescripteur et les partenaires de soin (enseignant référent, AVS, équipe pluridisciplinaire). Il doit être compréhensible sans jargon audiologique excessif, tout en restant précis cliniquement.

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Conformité réglementaire

Le CRBO surdité s'appuie sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé relatives au parcours de soins des personnes sourdes et malentendantes, notamment le document "Surdité de l'enfant : accompagnement des familles et suivi de l'enfant de 0 à 6 ans".

Ce que le CRBO surdité doit obligatoirement mentionner :

  • Le type de surdité (transmission, perception, mixte) et l'étiologie si connue (génétique, infectieuse, ototoxique, traumatique).
  • Le niveau de perte auditive en dB HL (légère 20-40 dB, moyenne 40-70 dB, sévère 70-90 dB, profonde >90 dB).
  • Le type d'appareillage (prothèse conventionnelle, implant cochléaire unilatéral ou bilatéral, BAHA) et la date de mise en place.
  • Les résultats de perception vocale en situation optimale et en situation de bruit.
  • La modalité de communication choisie (oralisme, LSF, bilingue LSF-français).
  • Les compétences en français oral réceptif et expressif ou en LSF selon le profil.
  • Les éventuels troubles associés (TSA, déficience intellectuelle, TSDL).

Données audiologiques à intégrer dans le CRBO

L'orthophoniste ne réalise pas l'audiométrie tonale ni les PEA (Potentiels Évoqués Auditifs), mais elle doit lire et interpréter les données audiologiques pour contextualiser les résultats du bilan langage et perception.

Quelles données audiologiques retenir

Seuils tonaux moyens (STM) : moyenne des seuils à 500 Hz, 1000 Hz, 2000 Hz et 4000 Hz, exprimée en dB HL (Hearing Level) pour chaque oreille. Exemple : oreille droite 85 dB HL, oreille gauche 90 dB HL.

Configuration de la courbe audiométrique : pente descendante (perte haute fréquence), pente ascendante (perte basse fréquence), courbe plate, courbe en U. Cette configuration conditionne l'intelligibilité de la parole : une perte haute fréquence (sons /s/, /f/, /ch/) altère la discrimination des consonnes.

Résultats des PEA ou ASSR (Auditory Steady-State Response) : pour les jeunes enfants chez qui l'audiométrie tonale conditionnée n'est pas fiable. Ces données objectives complètent le tableau clinique.

Type d'appareillage : prothèse auditive conventionnelle (contour d'oreille, intra-auriculaire), implant cochléaire unilatéral ou bilatéral, BAHA (ancrage osseux). Pour les implants, préciser le temps d'implantation en mois (un enfant implanté à 18 mois et revu 6 mois après n'a que 6 mois d'exposition auditive électrique).

Date de mise en place de l'appareillage : déterminante pour interpréter les performances. Un enfant appareillé à 3 ans avec une surdité profonde congénitale a subi une privation auditive critique pour le développement du langage oral.

Formulation recommandée dans le corps du CRBO

Le CRBO ne doit pas copier-coller l'audiogramme brut. Il apporte une lecture orthophonique fonctionnelle des données audiologiques.

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Exemple de formulation neutre et professionnelle

« L'audiométrie tonale réalisée le [date] par le Dr [Nom], ORL, objective une surdité de perception bilatérale sévère à profonde. Les seuils tonaux moyens sont de 85 dB HL à droite et 90 dB HL à gauche, avec une configuration en pente descendante marquée au-delà de 1000 Hz. [Prénom] est appareillé(e) de prothèses auditives contours d'oreille depuis [date], soit [X] mois d'expérience auditive. En situation d'écoute optimale (silence, face à face, distance inférieure à 1 mètre), [Prénom] détecte la voix conversationnelle et identifie partiellement les mots familiers. »

Cette formulation contextualise les seuils audiométriques, précise le type d'appareillage et le temps d'expérience auditive, et annonce les compétences perceptives observées lors du bilan. Elle évite le jargon technique isolé (« courbe en pente ») sans apporter de traduction fonctionnelle.

EVALO-2-6 adapté : précautions et limites

L'EVALO-2-6 (Évaluation du Langage Oral de 2 à 6 ans) est l'outil de référence pour l'évaluation du langage oral chez l'enfant francophone, mais il a été étalonné sur des enfants normo-entendants. Son utilisation en surdité nécessite des précautions méthodologiques strictes et une interprétation prudente des scores.

Épreuves utilisables avec précautions

Compréhension lexico-sémantique : épreuves de désignation d'images (vocabulaire réceptif). Utilisables si l'enfant a accès à la lecture labiale et que les conditions de passation sont contrôlées (distance, absence de masque, luminosité).

Compréhension morphosyntaxique : épreuves de désignation d'images selon des consignes syntaxiques (sujet-verbe-objet, négation, temps verbaux). Utilisables avec les mêmes précautions, mais les scores doivent être interprétés en tenant compte de l'exposition tardive au langage oral pour les enfants implantés récemment.

Épreuves non interprétables en l'état

Répétition de logatomes : épreuve centrale de l'EVALO-2-6 pour évaluer la mémoire phonologique à court terme. Non interprétable chez un enfant sourd profond, car elle repose sur une discrimination phonologique fine que la surdité altère par définition.

Discrimination phonologique sans lecture labiale : épreuves de paires minimales (/ba/-/da/, /pain/-/bain/) en modalité auditive seule. Non fiables si l'enfant n'a pas accès à un contraste acoustique suffisant.

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Erreur fréquente

Conclure à un « retard de langage sévère » sur la base des scores bruts EVALO-2-6 chez un enfant implanté récemment, sans tenir compte du temps d'exposition auditive post-implantation. Un enfant implanté à 3 ans et revu 12 mois après a 12 mois d'âge auditif électrique, pas 4 ans d'âge chronologique.

Conditions de passation à consigner obligatoirement

Le CRBO surdité doit préciser les conditions de passation de chaque épreuve, car elles conditionnent l'interprétation des scores :

  • Distance au locuteur : face à face à moins de 1 mètre (lecture labiale optimale) ou à plus de 2 mètres (modalité auditive privilégiée).
  • Présence ou absence de masque : le masque chirurgical occulte la lecture labiale et atténue les hautes fréquences.
  • Lecture labiale autorisée ou non : certaines épreuves peuvent être administrées en « auditif seul » (cachant la bouche) pour isoler la perception auditive pure.
  • Bruit ambiant : silence (moins de 40 dB SPL) ou présence de bruit concurrent (salle de classe simulée).

Autres outils utilisables en surdité

ERTL4 (Épreuve de Repérage des Troubles du Langage et des apprentissages à 4 ans) : outil de dépistage rapide, utilisable en surdité avec les mêmes précautions que l'EVALO-2-6. Ne remplace pas un bilan approfondi.

BSEL (Bilingual Early Language Assessment) : batterie d'évaluation du langage bilingue, pertinente pour les profils LSF-français. Permet d'évaluer les compétences en LSF et en français oral de manière différenciée.

PELEA (Production d'Énoncés de Longueur Croissante) : épreuve d'analyse spontanée du langage expressif. Utilisable en surdité pour décrire la structure morphosyntaxique des énoncés produits, indépendamment de la modalité perceptive.

Tests de perception vocale : listes de Lafon (monosyllabes), STEP (Sentence Test for Evaluation of word Perception), HINT (Hearing In Noise Test) en français. Ces tests mesurent l'intelligibilité de la parole en modalité auditive seule, avec ou sans bruit concurrent. Ils constituent le cœur du bilan surdité (voir section suivante).

Évaluation en LSF : si l'orthophoniste est compétente en LSF, elle peut administrer des épreuves de compréhension et d'expression en LSF (vocabulaire, syntaxe, narration). Sinon, préciser dans le CRBO que l'évaluation en LSF nécessite l'intervention d'un sourd signeur qualifié ou d'un orthophoniste certifié en LSF.

Évaluation de la perception vocale : items clés pour le CRBO

La perception vocale mesure la capacité à identifier, discriminer et comprendre la parole en modalité auditive. C'est l'évaluation centrale du CRBO surdité, car elle conditionne le projet thérapeutique et les objectifs en langage oral.

Listes de Lafon (monosyllabes)

Les listes de Lafon sont des listes de 17 monosyllabes phonétiquement équilibrés (/pas/, /bal/, /chou/, /rue/, /miel/, etc.) présentés en modalité auditive seule, sans lecture labiale. L'enfant ou l'adulte doit répéter chaque mot entendu.

Score : pourcentage de monosyllabes correctement répétés, calculé à l'intensité d'usage (environ 60-70 dB SPL, intensité de conversation normale) et à 70 dB SPL (intensité de voix forte). Un score de 60% à l'intensité d'usage signifie que le patient identifie 60% des monosyllabes sans aide visuelle.

Interprétation : un score inférieur à 50% oriente vers un appareillage insuffisant ou une stratégie de codage implant à ajuster. Un score supérieur à 70% indique une discrimination phonémique satisfaisante en modalité auditive seule.

STEP (Sentence Test for Evaluation of word Perception)

Le STEP évalue la compréhension de phrases en contexte (exemple : « Le chat dort sur le canapé »). Plus écologique que les monosyllabes isolés, il reflète mieux la compréhension en situation réelle.

Score : pourcentage de mots-clés correctement répétés dans chaque phrase. Un score de 80% au STEP avec 60% aux listes de Lafon montre que le patient bénéficie du contexte syntaxique et sémantique pour compenser une discrimination phonémique moyenne.

HINT (Hearing In Noise Test) en français

Le HINT mesure la perception vocale dans le bruit. Il présente des phrases en présence d'un bruit concurrent (bruit blanc ou bruit de cafétéria), avec un rapport signal/bruit variable.

Score : rapport signal/bruit (en dB) nécessaire pour atteindre 50% d'intelligibilité. Exemple : un rapport signal/bruit de +5 dB signifie que le patient a besoin que la voix soit 5 dB plus forte que le bruit ambiant pour comprendre 50% des phrases.

Interprétation : un rapport signal/bruit supérieur à +10 dB traduit des difficultés majeures en milieu bruyant (salle de classe, cantine, réunion). Cette donnée est critique pour orienter les aménagements scolaires (micro HF, place au premier rang, réduction du bruit ambiant).

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Jeunes enfants : hiérarchie des compétences perceptives

Pour les jeunes enfants (2-5 ans), l'évaluation de la perception vocale suit une hiérarchie développementale : 1) **Détection** (Ling 6-sons : /a/, /i/, /u/, /s/, /ch/, /m/) : l'enfant détecte la présence ou l'absence du son. 2) **Discrimination** (pareil/différent) : l'enfant distingue deux stimuli auditifs. 3) **Identification** (choix parmi des images) : l'enfant associe un mot entendu à une image. 4) **Compréhension en contexte** : l'enfant exécute des consignes verbales.

Formulation des scores de perception dans le CRBO

Éviter les formules techniques isolées sans contextualisation fonctionnelle. Proposer une formulation-type :

« En situation d'écoute optimale (intensité d'usage, sans bruit), [Prénom] identifie 65% des monosyllabes présentés en modalité auditive seule (listes de Lafon, oreille droite appareillée). En situation de bruit concurrent (rapport signal/bruit de +5 dB, HINT-French), ce score chute à 35%, ce qui rend compte de difficultés marquées en milieu scolaire bruyant (cantine, récréation, travail en groupe). »

Cette formulation lie les scores bruts à des situations fonctionnelles concrètes et oriente le médecin prescripteur vers les besoins d'aménagement.

LSF et oralisme : adapter la trame CRBO à la modalité de communication

C'est le point aveugle de tous les résultats SERP analysés : aucun ne traite de la dimension LSF dans le CRBO surdité. Pourtant, la loi du 11 février 2005 reconnaît la LSF comme langue à part entière, et le choix de la modalité de communication appartient à la famille et à la personne sourde. Le CRBO doit acter ce choix sans jugement de valeur.

Profil oralisant

Le profil oralisant privilégie le français oral comme langue première. L'enfant ou l'adulte sourd est appareillé (prothèse ou implant) et bénéficie d'une rééducation orthophonique centrée sur la perception et la production de la parole.

Objectifs thérapeutiques : améliorer la perception et la discrimination phonologique, développer la lecture labiale, travailler l'intelligibilité de la parole (articulation, prosodie, débit), enrichir le langage oral réceptif et expressif (vocabulaire, syntaxe, pragmatique).

Outils pertinents : tests de perception vocale (listes de Lafon, STEP, HINT), épreuves de langage oral standardisées (EVALO-2-6 avec précautions, N-EEL pour les plus âgés), évaluation de la lecture labiale (tests de désignation de mots ou de phrases sans son, ou avec masquage basse fréquence).

Formulation CRBO : décrire les compétences en français oral en précisant les conditions de passation et les aides utilisées (lecture labiale, appareillage). Exemple :

« [Prénom] communique en français oral. En situation optimale (face à face, lecture labiale autorisée), il/elle comprend les consignes simples et les questions fermées du quotidien. En modalité auditive seule (sans lecture labiale), la compréhension est limitée aux mots familiers isolés. »

Profil LSF / bilingue LSF-français

Le profil LSF privilégie la Langue des Signes Française comme langue première. Le français oral et écrit sont considérés comme langue seconde. L'orthophoniste évalue les compétences en français écrit et, si elle est compétente en LSF, les compétences en LSF (vocabulaire, syntaxe, narration).

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Ne pas pathologiser le profil LSF

Ne jamais conclure à un « retard de langage sévère » chez un enfant dont la langue première est la LSF et le français est langue seconde. Un enfant de 5 ans qui signe couramment en LSF et commence à apprendre le français écrit n'a pas de retard de langage : il développe deux langues selon un parcours bilingue.

Outils pertinents : évaluation en LSF si compétence de l'évaluateur (vocabulaire réceptif et expressif, compréhension de phrases signées, narration signée). Sinon, préciser que l'évaluation en LSF nécessite un sourd signeur qualifié. Épreuves de français écrit adaptées à l'âge (lecture de mots, de phrases, compréhension de texte, production écrite).

Formulation CRBO : « Les compétences en français oral de [Prénom] s'inscrivent dans un profil bilingue LSF-français. La LSF constitue sa langue première. L'évaluation porte sur le versant français. [Prénom] identifie [X] mots écrits du quotidien (lecture globale) et comprend des phrases écrites simples de type sujet-verbe-objet. En français oral, la compréhension est limitée à des mots familiers en lecture labiale. »

Cette formulation contextualise les compétences en français comme langue seconde, sans conclure à un trouble du langage.

Profil en cours de choix ou mixte

Certaines familles n'ont pas encore choisi entre oralisme et LSF, ou pratiquent un français signé (mélange de français oral et de signes LSF empruntés, distinct de la LSF pure). Le CRBO acte l'état au moment du bilan sans trancher à la place de la famille.

Formulation CRBO : « La modalité de communication de [Prénom] est en cours d'établissement. La famille utilise actuellement un français oral accompagné de quelques signes LSF (« manger », « dormir », « eau »). [Prénom] comprend les consignes simples en modalité bimodale (voix + signe). Une réévaluation à 6 mois est recommandée pour ajuster les objectifs thérapeutiques en fonction de l'évolution de la modalité de communication choisie. »

Langue française Parlée Complétée (LPC / Cued Speech)

La LPC est un code visuel manuel qui complète la lecture labiale en levant les ambiguïtés phonétiques (les sosies labiaux comme /b/-/p/ ou /f/-/v/ sont indiscernables visuellement). Si la famille utilise la LPC, le CRBO doit le mentionner.

« [Prénom] bénéficie de la Langue française Parlée Complétée (LPC) à domicile et à l'école. En situation de communication avec codage LPC, il/elle comprend 85% des consignes scolaires de complexité adaptée à son âge. Sans codage LPC, la compréhension en lecture labiale seule est de 50%. »

Structure recommandée du CRBO surdité : section par section

Le CRBO surdité suit la trame générale du compte rendu de bilan orthophonique, mais avec des sections spécifiques et un niveau de détail adapté.

  1. En-tête administratif : identité du patient, date de naissance, âge, prescripteur (nom, spécialité, adresse), date de prescription, date(s) du bilan, lieu (CAMSP, cabinet libéral, service ORL hospitalier).

  2. Motif de consultation et anamnèse :

    • Type de surdité (transmission, perception, mixte) et degré (légère, moyenne, sévère, profonde).
    • Étiologie si connue (génétique, infectieuse, ototoxique, traumatique, congénitale ou acquise).
    • Âge au diagnostic audiologique (PEA, audiométrie tonale).
    • Appareillage : type (prothèse conventionnelle, implant cochléaire unilatéral ou bilatéral, BAHA), date de mise en place, temps d'expérience auditive en mois.
    • Historique des suivis orthophoniques (depuis quel âge, fréquence, objectifs antérieurs).
    • Scolarisation : type d'établissement (ordinaire avec AVS, ULIS, institut spécialisé), classe, aménagements (micro HF, place au premier rang).
    • Modalité de communication familiale (oralisme, LSF, français signé, LPC).
  3. Données audiologiques de référence :

    • Résumé fonctionnel de l'audiogramme : seuils tonaux moyens (STM) en dB HL par oreille, configuration de la courbe (pente descendante, plate, en U).
    • Résultats des PEA ou ASSR si disponibles (jeunes enfants).
    • Gain prothétique ou implant : champ libre, seuils en appareillage.
  4. Outils de bilan utilisés :

    • Liste exhaustive avec conditions de passation (distance, lecture labiale autorisée ou non, bruit ambiant, présence ou absence de masque).
    • Exemple : « EVALO-2-6 (épreuves de compréhension lexico-sémantique et morphosyntaxique), listes de Lafon (modalité auditive seule, intensité d'usage), STEP (phrases en contexte), HINT-French (perception dans le bruit, rapport signal/bruit +5 dB). »
  5. Résultats :

    • Perception vocale : scores aux listes de Lafon, STEP, HINT. Préciser l'oreille testée, l'intensité, le rapport signal/bruit.
    • Langage réceptif : compréhension du vocabulaire, compréhension morphosyntaxique, compréhension en lecture labiale.
    • Langage expressif : vocabulaire expressif, structure morphosyntaxique des énoncés (LME, Longueur Moyenne des Énoncés), intelligibilité de la parole (pourcentage de mots compris par un interlocuteur naïf).
    • Compétences en LSF si applicable : vocabulaire, syntaxe, narration signée.
    • Français écrit si applicable : lecture de mots, de phrases, compréhension de texte, production écrite.
  6. Synthèse diagnostique :

    • Formuler le profil sans pathologiser la surdité. Exemple : « [Prénom] présente une surdité de perception bilatérale sévère, appareillé(e) de prothèses auditives depuis [date]. Les compétences de perception vocale en modalité auditive seule sont de niveau [X], ce qui correspond à une intelligibilité [qualitative] en situation d'écoute optimale. En situation de bruit, l'intelligibilité chute significativement. Le langage oral réceptif et expressif se développe en cohérence avec le temps d'expérience auditive post-appareillage. »
    • Distinguer les difficultés liées à la surdité elle-même de celles liées à un éventuel trouble associé (TSA, DI, TSDL).
  7. Projet thérapeutique :

    • Objectifs priorisés (perception vocale, discrimination phonologique, lecture labiale, langage oral réceptif/expressif, français écrit, LSF si applicable).
    • Fréquence proposée (1 à 3 séances par semaine selon l'âge et le profil).
    • Partenaires de soin (ORL, audioprothésiste, équipe implant, AVS, enseignant référent, psychologue, psychomotricien si troubles associés).
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Troubles associés : distinguer surdité et comorbidités

La surdité peut coexister avec un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA), une déficience intellectuelle, un trouble spécifique du développement du langage (TSDL), ou être d'origine syndromique (syndrome de Waardenburg, syndrome d'Usher, syndrome de CHARGE). Le CRBO doit distinguer explicitement ce qui relève de la surdité et ce qui relève d'un trouble surajouté.

Surdité + TSA

Le diagnostic de TSA chez un enfant sourd est complexe, car certains comportements atypiques (absence de réponse à l'appel du prénom, absence de pointage proto-déclaratif, jeu solitaire) peuvent être secondaires à la privation auditive et non à un trouble de la communication sociale. Le CRBO doit mentionner les éléments d'orientation vers un TSA (comportements répétitifs et restreints, difficultés de réciprocité sociale en modalité visuelle, intérêts sensoriels atypiques non expliqués par la surdité seule) et recommander une évaluation pluridisciplinaire (pédopsychiatre, psychologue spécialisé en TSA et surdité).

Surdité + déficience intellectuelle

Une déficience intellectuelle (DI) peut coexister avec une surdité, notamment dans les surdités syndromiques. Le CRBO doit distinguer les difficultés cognitives (raisonnement logique, abstraction, mémoire) des difficultés linguistiques. Un enfant avec surdité + DI peut développer un langage oral ou signé fonctionnel adapté à son niveau de développement cognitif. Éviter de conclure à une DI sur la base des scores de langage oral seuls : une évaluation cognitive par un psychologue (WPPSI-IV ou WISC-V adaptés en modalité non verbale) est nécessaire.

Surdité + TSDL (Trouble Spécifique du Développement du Langage)

Un TSDL peut coexister avec une surdité. Exemple : un enfant sourd appareillé précocement et bénéficiant d'une rééducation orthophonique intensive présente des difficultés morphosyntaxiques disproportionnées par rapport à son niveau de perception vocale et à son âge auditif. Le CRBO doit distinguer un retard de langage secondaire à la surdité (attendu) d'un trouble spécifique du langage (non attendu).

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Coordination pluridisciplinaire obligatoire

En cas de suspicion de trouble associé (TSA, DI, TSDL), le CRBO doit recommander explicitement une coordination avec le médecin ORL, le pédiatre, l'équipe implant et, si nécessaire, un pédopsychiatre ou un psychologue spécialisé. Ne jamais poser un diagnostic de TSA ou de DI dans le CRBO surdité : ce n'est pas la compétence de l'orthophoniste.

Selon les recommandations de la HAS relatives à la surdité de l'enfant de 0 à 6 ans, tout enfant sourd doit bénéficier d'un suivi pluridisciplinaire coordonné (ORL, orthophoniste, audioprothésiste, psychologue, pédiatre) pour dépister précocement les troubles associés et ajuster le projet thérapeutique.

FAQ, Questions fréquentes sur le CRBO surdité

Que signifie CRBO en orthophonie ?

CRBO signifie Compte Rendu de Bilan Orthophonique. C'est le document rédigé par l'orthophoniste à l'issue du bilan initial, adressé au médecin prescripteur. Il synthétise les résultats des épreuves standardisées et non standardisées, formule un diagnostic orthophonique et propose un projet thérapeutique. En surdité, le CRBO intègre les données audiologiques, les résultats de perception vocale et la modalité de communication choisie (oralisme ou LSF).

Quels tests utiliser pour un bilan orthophonique surdité ?

Les tests recommandés incluent : listes de Lafon (monosyllabes en modalité auditive seule), STEP (phrases en contexte), HINT-French (perception dans le bruit), EVALO-2-6 (avec précautions, épreuves de compréhension lexico-sémantique et morphosyntaxique), PELEA (production d'énoncés), et évaluation en LSF si profil bilingue. Les tests de perception vocale (Lafon, STEP, HINT) constituent le cœur du bilan surdité, car ils mesurent l'intelligibilité de la parole en situation réelle.

Comment rédiger la synthèse diagnostique d'un CRBO pour un enfant malentendant ?

La synthèse diagnostique doit contextualiser les résultats en fonction du temps d'expérience auditive post-appareillage, distinguer les compétences en langue première (LSF ou français oral) et en langue seconde si applicable, préciser la part liée à la surdité et la part liée à un éventuel trouble associé (TSA, DI, TSDL), et formuler le profil sans pathologiser la surdité. Exemple : « [Prénom] présente une surdité de perception bilatérale sévère, appareillé(e) depuis 18 mois. Les compétences de perception vocale en modalité auditive seule sont de 60% aux listes de Lafon, ce qui correspond à une intelligibilité satisfaisante en situation optimale. Le langage oral réceptif et expressif se développe en cohérence avec le temps d'expérience auditive. »

Le CRBO surdité est-il différent du CRBO autisme ?

Oui. Le CRBO surdité intègre les données audiologiques, les résultats de perception vocale et la modalité de communication (oralisme/LSF), alors que le [CRBO TSA](/blog/crbo-autisme-tsa/) se concentre sur les compétences de communication sociale, les intérêts restreints et les particularités sensorielles. Les outils de bilan et la logique de formulation diffèrent selon la pathologie. Un enfant sourd peut également présenter un TSA : dans ce cas, le CRBO doit traiter les deux dimensions de manière distincte et coordonnée.

En résumé

Le CRBO surdité exige une triple compétence : lecture fonctionnelle des données audiologiques, maîtrise des outils de perception vocale (listes de Lafon, STEP, HINT), et sensibilité à la question des modalités de communication (oralisme, LSF, profil bilingue). Il ne peut pas être calqué sur un CRBO langage oral classique. La structure intègre obligatoirement les données audiologiques de référence, les résultats de perception vocale en situation optimale et en bruit, la description des compétences en langue première et en langue seconde si applicable, et la distinction entre difficultés liées à la surdité et troubles associés éventuels.

La trame présentée ici s'appuie sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé relatives au parcours de soins des personnes sourdes et malentendantes, et sur les pratiques cliniques validées en surdité. Elle permet de rédiger un CRBO surdité complet, précis et exploitable par le médecin prescripteur et les partenaires de soin.

Cet article est rédigé à destination des professionnels de santé (orthophonistes, logopèdes, logopédistes). Il ne constitue pas un avis médical et ne se substitue pas au jugement clinique de l'orthophoniste ni aux recommandations des sociétés savantes et autorités de santé compétentes (HAS, FNO).

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