CRBO déglutition : exemple et items cliniques
Structurez votre CRBO déglutition : items cliniques, GUSS, FEES, cotation AMO. Exemple complet pour orthophonistes hospitaliers et libéraux en gériatrie.

Vous consultez un dossier patient dysphagique, vous ouvrez votre traitement de texte, vous regardez l'heure. 21h30. Le CRBO doit partir demain, le prescripteur attend le compte-rendu pour ajuster la prise en charge. Vous avez réalisé le bilan clinique, coté le GUSS, observé les consistances, documenté les stases. Il ne reste qu'à rédiger le document conforme à l'arrêté du 25 juillet 2023. Mais la page est blanche, et vous ne savez pas par où commencer.
Cet article détaille la structure d'un CRBO déglutition conforme à la nomenclature en vigueur, les items cliniques à documenter (phases orale et pharyngée, oralité alimentaire, réflexes), la place des outils d'évaluation standardisés (GUSS, FEES, vidéofluoroscopie), et fournit un exemple de formulation pour chaque section. Pour maîtriser la rédaction du bilan orthophonique dans toutes ses dimensions réglementaires, consultez notre guide complet. Si vous prenez en charge des patients cérébrolésés, l'article sur le CRBO aphasie post-AVC complète utilement cette lecture.
Ce que doit contenir un CRBO déglutition selon le cahier des charges 2023
L'arrêté du 25 juillet 2023 (avenant 20 à la convention nationale) impose une structure commune à tous les comptes-rendus de bilan orthophonique, quel que soit le domaine. Pour la déglutition, cette structure se traduit par six sections obligatoires que vous devez rédiger dans l'ordre, avec une profondeur clinique suffisante pour que le prescripteur et l'équipe pluridisciplinaire puissent ajuster la prise en charge.
Les six sections incontournables
Motif de prescription et contexte clinique : précisez l'étiologie (post-AVC sylvien gauche, sclérose latérale amyotrophique, maladie de Parkinson, démence vasculaire, post-chirurgie ORL, traumatisme crânien, pathologie neuromusculaire). Indiquez la date de survenue de l'événement initial (ex. : AVC datant de 3 mois), le contexte de vie (domicile avec aide d'un conjoint, EHPAD, service de rééducation), et le mode de nutrition actuel (alimentation orale mixée, nutrition entérale exclusive, mixte).
Anamnèse et données médicales pertinentes : antécédents médicaux (cardio-vasculaires, neurologiques, ORL, pneumologiques), traitements en cours (anticoagulants, benzodiazépines qui réduisent la vigilance), poids actuel et évolution récente (perte de 5 kg en 3 mois = signe d'alarme), état bucco-dentaire (dentition conservée, prothèse amovible, édentement partiel ou total, hygiène buccale, mycose linguale).
Observations cliniques : état de vigilance (patient coopérant, fatigable, somnolent), posture spontanée (tête en extension, asymétrie de posture), tonicité bucco-faciale (hypotonie labiale, asymétrie faciale), sensibilité intra-buccale (hyposensibilité, hypersensibilité tactile et thermique), réflexes (nauséeux conservé, diminué, absent ; toux volontaire efficace ou non).
Évaluation par axes : phase orale (mastication, propulsion linguale, temps de latence avant déclenchement du réflexe), phase pharyngée (ascension laryngée, toux pendant ou après déglutition, voix mouillée post-déglutitoire, signes de pénétration ou fausse route). Vous devez distinguer les signes directs (observables pendant le bilan) et les signes indirects (encombrement bronchique récurrent signalé par l'équipe soignante, pneumopathies d'inhalation documentées).
Tests réalisés avec scores et interprétation : GUSS (score sur 20, détail des sous-tests), Water Swallow Test si effectué, résultats de FEES ou vidéofluoroscopie si disponibles (stases, pénétrations, aspirations). Précisez systématiquement les consistances testées (selon la classification IDDSI : niveaux 0 à 7), les volumes administrés, les conditions de passation (position assise à 90°, flexion antérieure de la tête, manœuvre posturale compensatoire).
Conclusion diagnostique précise + projet thérapeutique structuré : synthèse clinique (dysphagie oro-pharyngée d'intensité modérée prédominant sur les textures liquides), retentissement fonctionnel (maintien de l'alimentation orale avec adaptation de texture, nutrition entérale complémentaire, nutrition entérale exclusive), recommandations immédiates (adaptations texturales, postures compensatoires, fractionnement des repas), axes de rééducation prioritaires (renforcement lingual, manœuvre de Mendelsohn, stimulation thermique), fréquence préconisée (3 séances hebdomadaires), critères de réévaluation (à 6 semaines, avec GUSS et collaboration diététique).
L'arrêté du 25 juillet 2023 fixe le cahier des charges du bilan orthophonique pour tous les domaines. Consultez le texte intégral sur Légifrance pour vérifier la conformité de votre document.
Les items cliniques à documenter : examen oro-pharyngé et observation fonctionnelle
Cette section est la plus attendue par le lecteur orthophoniste : vous devez savoir quoi observer et comment le rédiger dans le CRBO. Voici la liste exhaustive des items cliniques, organisée par phase et par système.
Examen de la sphère oro-myo-faciale
L'examen bucco-facial précède l'évaluation fonctionnelle de la déglutition. Il permet d'anticiper les difficultés et d'orienter les tests de consistances.
- Tonicité et mobilité des lèvres : occlusion labiale au repos (efficace, incomplète), protrusion, étirement latéral, maintien d'une contraction (10 secondes), asymétrie de contraction (parésie faciale).
- Tonicité et mobilité des joues : gonflement des joues avec maintien de l'air (bilateralement, asymétrie gauche/droite), résistance à la pression digitale externe.
- Tonicité et mobilité linguale : propulsion antérieure (distance langue-lèvre supérieure), élévation vers le palais dur, latéralisation gauche et droite (distance langue-commissure), rétraction postérieure, force de propulsion (résistance à l'abaisse-langue), symétrie des mouvements (déviation linguale = signe d'atteinte du XII).
- Tonicité mandibulaire : amplitude d'ouverture buccale (mesurée en centimètres, normale > 3,5 cm entre incisives), résistance à la fermeture forcée, trismus (limitation douloureuse de l'ouverture).
- Voile du palais : mobilité lors de la phonation (observation du /a/ tenu), symétrie de l'élévation (luette déviée = signe d'atteinte du X), insuffisance vélo-pharyngée (voix nasonnée, reflux nasal).
- Réflexe nauséeux : présence conservée (déclenchement au contact du voile ou de la base de langue), absence (fréquent chez le patient âgé ou en cas de lésion du IX/X), hypersensibilité (déclenchement au simple contact de la langue).
- État bucco-dentaire et prothèses : dentition conservée, édentement partiel (préciser les secteurs), édentement total, prothèse amovible complète (stabilité, adaptation), prothèse partielle, hygiène buccale (résidus alimentaires, mycose linguale fréquente chez le patient dysphagique hospitalisé sous antibiotiques).
- Sensibilité thermique et tactile intra-buccale : testée avec un abaisse-langue froid (sortant du réfrigérateur) et un abaisse-langue à température ambiante. Hyposensibilité bilatérale (fréquente dans les atteintes neurologiques centrales), hypersensibilité (patient qui refuse l'examen buccal, réflexe nauséeux exacerbé).
Observation clinique de la déglutition
Vous observez la déglutition avec différentes consistances et volumes. Les signes cliniques documentés ici structurent votre évaluation par axes (section 4 du CRBO).
- Temps de latence avant déclenchement du réflexe de déglutition : normal < 1 seconde, allongé (2-3 secondes ou plus = signe de retard de déclenchement pharyngé, fréquent post-AVC).
- Ascension laryngée : palpation cervicale pendant la déglutition (doigts placés sous la pomme d'Adam). Ascension complète et rapide (normale), ascension réduite (< 2 cm), ascension lente, absence d'ascension (signe de paralysie laryngée ou de trouble sévère du réflexe).
- Toux pendant ou après la déglutition : toux immédiate (signe de fausse route avérée ou pénétration laryngée), toux différée (5-10 secondes après la déglutition = signe de stase pharyngée qui déborde secondairement), toux spontanée (déclenchement automatique conservé), toux provoquée sur demande (efficacité de la toux volontaire).
- Voix mouillée post-déglutition : voix gargouillante, voix mouillée qui se nettoie après raclement de gorge (signe indirect de sécrétions ou résidus dans le pharynx), voix claire conservée.
- Stases orales : localisation (sillons gingivo-labiaux, sillons gingivo-jugaux, plancher buccal, base de langue), quantité estimée (quelques résidus, stase importante nécessitant un nettoyage digital), nécessité de déglutitions multiples pour vider la cavité buccale.
- Signes de fausse route silencieuse : absence de toux malgré une pénétration laryngée (le patient ne sent pas le passage du bol alimentaire vers les voies aériennes). Signes indirects : encombrement bronchique récurrent, pneumopathies d'inhalation documentées (radiographie thoracique), désaturation en oxygène (SpO2 qui chute de > 2 % pendant ou après le repas), voix mouillée persistante, augmentation de la fréquence respiratoire post-repas.
- Durée du repas : repas < 15 minutes (patient qui mange très vite, risque de fausses routes par défaut de vigilance), repas > 45 minutes (fatigabilité, lenteur masticatoire et déglutitoire, risque de déshydratation et dénutrition).
- Fatigabilité masticatoire et déglutitoire : dégradation des performances en fin de repas (stases qui augmentent, toux plus fréquente, voix qui se mouille progressivement).
Consistances et textures testées
Vous devez préciser dans le CRBO quelles consistances ont été testées, selon la classification IDDSI (International Dysphagia Diet Standardisation Initiative). Cette classification normalise les textures alimentaires et les épaississements de boissons sur une échelle de 0 (liquide) à 7 (solide normal).
Échelle IDDSI (niveaux 0 à 7) :
- Niveau 0 : liquide non épaissi (eau plate, jus de fruits, café, thé).
- Niveau 1 : liquide légèrement épaissi (texture "sirop", s'écoule lentement de la cuillère).
- Niveau 2 : liquide modérément épaissi (texture "miel liquide", ne s'écoule pas spontanément de la cuillère).
- Niveau 3 : liquide très épaissi (texture "miel épais", reste sur la cuillère), ou solide mixé (purée lisse homogène, compote).
- Niveau 4 : solide mixé épais (purée mousseuse, mousse de poisson, flan).
- Niveau 5 : solide haché et humide (viande hachée avec sauce épaisse, légumes hachés).
- Niveau 6 : solide tendre et coupé en petits morceaux (boulettes de viande, légumes cuits tendres).
- Niveau 7 : solide normal (alimentation tout-venant).
Dans le CRBO, vous rédigez : "Les consistances testées couvrent les niveaux IDDSI 0 (eau plate, 10 ml au verre), 3 (purée lisse de pomme de terre, 1 cuillère à café), et 5 (boulette de viande hachée humide, 1 bouchée). Les observations sont détaillées ci-dessous par niveau."
La classification IDDSI est reconnue internationalement et facilite la communication entre orthophonistes, diététiciens, médecins et familles. Mentionner les niveaux IDDSI testés dans le CRBO évite les ambiguïtés sur les termes "liquide", "mixé", "haché".
La place du GUSS et des examens paracliniques dans le CRBO
Le GUSS (Gugging Swallowing Screen) est le test de référence en orthophonie hospitalière pour évaluer la dysphagie chez les patients cérébrolésés. Les examens instrumentaux (FEES, vidéofluoroscopie) complètent l'évaluation clinique et permettent d'objectiver les mécanismes physiopathologiques (stases, pénétrations, aspirations). Cette section explique comment intégrer ces outils dans la structure du CRBO.
Le GUSS (Gugging Swallowing Screen) : cotation et interprétation dans le document
Le GUSS se décompose en deux parties : un sous-test indirect (évaluation de la vigilance, de la toux volontaire, de la déglutition salivaire, de la qualité vocale) et des sous-tests directs avec textures croissantes (semi-solide, liquide, solide). Le score total sur 20 permet de classer l'intensité de la dysphagie et de guider les recommandations immédiates.
Score et seuils cliniques :
- 0-9/20 : dysphagie sévère. Alimentation orale contre-indiquée, nutrition entérale exclusive recommandée, réévaluation orthophonique à court terme.
- 10-14/20 : dysphagie modérée. Alimentation orale possible avec adaptations de texture (IDDSI niveau 3 minimum pour les solides, niveau 2 ou 3 pour les liquides), surveillance rapprochée, fractionnement des repas.
- 15-19/20 : dysphagie légère. Alimentation orale maintenue avec précautions (éviter les doubles textures, privilégier les aliments humides), éducation du patient et de l'entourage aux signes de fausse route.
- 20/20 : pas de dysphagie objectivée lors du test. Alimentation orale sans restriction. Réévaluation si apparition de signes cliniques.
Exemple de formulation type dans le CRBO :
Le GUSS a été administré en position assise à 90°, en présence de l'infirmière référente. Le patient obtient un score de 13/20 (sous-test indirect : 5/5 ; textures semi-solides : 5/5 ; liquides épaissis niveau IDDSI 2 : 3/5 ; solides : non testés en raison d'une toux répétée pour les liquides). Ce résultat oriente vers une dysphagie oro-pharyngée d'intensité modérée. Les consistances liquides niveaux IDDSI 0 et 1 provoquent une toux immédiate et une voix mouillée. Les textures semi-solides (niveau IDDSI 3) sont tolérées sans signe de fausse route.
FEES et vidéofluoroscopie : comment les intégrer au CRBO
La naso-fibroscopie de déglutition (FEES) et la vidéofluoroscopie (ou transit baryté pharyngé) sont des examens instrumentaux réalisés par un ORL, un phoniatre ou un radiologue. Ils permettent de visualiser directement le passage du bol alimentaire et d'objectiver les stases, pénétrations laryngées et fausses routes. Ces examens ne remplacent pas votre évaluation clinique : ils la complètent.
Formulation type pour intégrer les résultats de FEES dans le CRBO :
La naso-fibroscopie de déglutition (FEES) a été réalisée le [date] par le Dr [Nom], ORL, en collaboration avec l'équipe de rééducation. L'examen objective des stases pharyngées bilatérales dans les sinus piriformes pour les textures liquides niveaux IDDSI 0 et 1, avec pénétration laryngée sans fausse route avérée. Le score de pénétration-aspiration (Penetration-Aspiration Scale, PAS) est coté à 4/8 pour les liquides non épaissis (pénétration laryngée avec réflexe de toux efficace). Les textures semi-solides (niveau IDDSI 3) ne provoquent pas de stase significative ni de pénétration. Les postures compensatoires testées (flexion antérieure de la tête, déglutition avec effort de propulsion) réduisent la quantité de stases mais n'éliminent pas totalement la pénétration pour les liquides niveau 0.
Points à mentionner systématiquement :
- Date de l'examen et opérateur (nom, spécialité).
- Conditions de passation (position assise, consistances testées avec niveaux IDDSI, volumes administrés).
- Résultats anatomiques observés : stases (localisation : vallécules, sinus piriformes, parois pharyngées), pénétrations laryngées (score PAS), fausses routes (passage du bol alimentaire sous les cordes vocales avec ou sans réflexe de toux).
- Manœuvres compensatoires évaluées (flexion antérieure de la tête, rotation de la tête vers le côté lésé, déglutition supraglottique, manœuvre de Mendelsohn) et leur efficacité.
Formulation type pour intégrer les résultats de vidéofluoroscopie dans le CRBO :
La vidéofluoroscopie de déglutition a été réalisée le [date] par le Dr [Nom], radiologue, en présence de l'orthophoniste. L'examen confirme un retard de déclenchement du réflexe pharyngé (estimé à 3 secondes), avec stagnation du bol baryté dans les vallécules et les sinus piriformes. Une aspiration discrète (passage du produit de contraste dans la trachée) est objectivée pour les liquides niveau IDDSI 0, sans réflexe de toux (aspiration silencieuse). L'ascension laryngée est réduite, la fermeture glottique incomplète. Les textures semi-solides (niveau IDDSI 3) transitent sans aspiration mais avec des stases résiduelles dans les sinus piriformes nécessitant plusieurs déglutitions pour être évacuées.
La FEES et la vidéofluoroscopie ne sont pas systématiquement disponibles en pratique libérale ou dans tous les services hospitaliers. Si ces examens n'ont pas été réalisés, votre évaluation clinique reste valide et suffisante pour rédiger le CRBO. Mentionnez simplement : "Aucun examen instrumental n'a été réalisé à ce stade. L'évaluation repose sur l'examen clinique et le GUSS."
Générez ce CRBO en 15 minutes à partir de vos observations cliniques
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Télécharger l'exemple →Exemple de conclusion diagnostique et de projet thérapeutique
La conclusion diagnostique et le projet thérapeutique forment les deux dernières sections du CRBO. Elles synthétisent l'ensemble de votre évaluation et donnent au prescripteur les éléments de décision pour ajuster la prise en charge. Voici un exemple rédigé, patient fictif, structuré selon les exigences de l'arrêté du 25 juillet 2023.
Exemple de conclusion diagnostique
Cas fictif : M. D., 72 ans, antécédent d'AVC sylvien gauche (territoire superficiel de l'artère cérébrale moyenne) datant de 3 mois, séquelles motrices modérées (hémiparésie brachio-faciale droite), maintien à domicile avec aide du conjoint. Prescription du Dr X., médecin traitant, pour bilan de déglutition suite à plusieurs épisodes de toux pendant les repas et perte de poids de 4 kg en 2 mois.
Formulation rédigée :
L'évaluation clinique met en évidence une dysphagie oro-pharyngée modérée, prédominant sur les textures liquides et semi-liquides. On retient : un allongement du temps de latence du réflexe de déglutition (estimé à 3-4 secondes par observation chronomètrée), une ascension laryngée réduite à la palpation cervicale (amplitude < 2 cm), une toux post-déglutition systématique pour les liquides niveaux IDDSI 0 et 1 (eau plate, café, jus de fruits), et une voix mouillée post-déglutitoire. Les signes de fausse route silencieuse ne sont pas éliminés à ce stade de l'évaluation clinique, en raison d'un antécédent de pneumopathie d'inhalation documentée à J+15 post-AVC.
Le GUSS obtient un score de 13/20 (sous-test indirect : 5/5 ; textures semi-solides : 5/5 ; liquides épaissis niveau IDDSI 2 : 3/5 ; solides : non testés). La naso-fibroscopie de déglutition (FEES) réalisée en collaboration avec le Dr Y., ORL, le [date], complète l'évaluation paraclinique et confirme des pénétrations laryngées répétées pour les niveaux IDDSI 0 à 1 (score PAS : 4/8), avec stases résiduelles dans les sinus piriformes pour les niveaux IDDSI 2. Aucune fausse route massive n'est objectivée lors de l'examen instrumental. Les textures semi-solides (niveau IDDSI 3 et supérieur) sont tolérées sans pénétration ni stase significative.
L'alimentation orale est maintenue avec adaptation stricte de la texture : niveau IDDSI 3 minimum pour les solides (purées lisses, compotes, flans, mousses de poisson), niveau IDDSI 2 ou 3 pour les boissons (eau gélifiée ou épaissie à texture "miel liquide"). Les mesures posturales compensatoires sont appliquées : flexion antérieure de la tête lors de chaque déglutition, fractionnement des repas (5 petites prises alimentaires par jour au lieu de 3 repas principaux), pas de prise alimentaire en position allongée. Le patient et le conjoint ont été informés des signes de fausse route à surveiller (toux pendant ou après le repas, voix mouillée, encombrement bronchique, fièvre).
Exemple de projet thérapeutique
La prise en charge orthophonique est préconisée à raison de 3 séances hebdomadaires, en hospitalisation de jour dans un premier temps (durée estimée : 6 semaines), puis en cabinet libéral si l'évolution clinique le permet. Les axes de travail prioritaires sont :
- Renforcement de la tonicité linguale et labiale : exercices de propulsion linguale contre résistance (abaisse-langue), étirement labial, tenue de contraction (séries de 10 répétitions, 3 fois par jour).
- Travail de l'ascension laryngée volontaire : manœuvre de Mendelsohn (maintien volontaire de l'ascension laryngée pendant 3 secondes lors de la déglutition), entraînement avec biofeedback tactile (doigts du patient positionnés sous la pomme d'Adam pour percevoir l'ascension).
- Éducation du patient et des aidants aux adaptations texturales et posturales : remise d'un document récapitulatif avec les textures autorisées (niveaux IDDSI 3 et supérieur), les textures à risque (niveaux IDDSI 0 et 1), les postures compensatoires (flexion antérieure de la tête, pas de tête en extension), les signes d'alerte à signaler au médecin traitant.
- Réévaluation trimestrielle des consistances tolérées : nouveau GUSS à 6 semaines, puis à 3 mois, avec adaptation progressive des textures si amélioration clinique (réintroduction des liquides niveau IDDSI 1 si le score GUSS atteint 15/20 ou plus).
La mise en place d'une nutrition entérale (sonde nasogastrique ou gastrostomie) n'est pas indiquée à ce stade, compte tenu du maintien d'une alimentation orale adaptée et de l'absence de dénutrition sévère (IMC : 22). Une réévaluation à 6 semaines est programmée avec l'équipe pluridisciplinaire (Dr X., médecin traitant ; Mme Z., diététicienne ; IDE référente) pour ajuster les textures et la fréquence des séances selon l'évolution.
Le projet thérapeutique du CRBO ne détaille pas les exercices séance par séance. Il précise les axes de travail prioritaires, la fréquence préconisée, les mesures compensatoires immédiates et les critères de réévaluation. Les exercices spécifiques (manœuvre de Mendelsohn, effort de déglutition, manœuvre de Masako, stimulation thermique) sont documentés dans le dossier de suivi, pas dans le CRBO initial.
Cotation AMO du bilan de déglutition
Le bilan de déglutition relève de la cotation AMO 12 (bilan orthophonique, nomenclature générale des actes professionnels). La cotation est liée à la prescription médicale (ordonnance du médecin prescripteur mentionnant "bilan orthophonique de la déglutition" ou "bilan orthophonique + rééducation des troubles de la déglutition") et à la transmission du CRBO conforme à l'arrêté du 25 juillet 2023.
Points de vigilance :
- Le bilan doit être prescrit par un médecin (médecin traitant, neurologue, gériatre, ORL, médecin de médecine physique et de réadaptation).
- Le CRBO doit être transmis au prescripteur dans un délai raisonnable (15 jours ouvrés après la fin du bilan). La non-transmission du CRBO peut entraîner un refus de prise en charge par l'Assurance Maladie.
- La cotation AMO 12 est identique pour tous les domaines (langage oral, langage écrit, déglutition, voix, etc.). Elle ne varie pas en fonction de la durée du bilan (qui dépend de la fatigabilité du patient, du nombre de consistances testées, de la disponibilité d'examens instrumentaux).
Pour vérifier la cotation en vigueur et les évolutions de la nomenclature, consultez le site officiel de l'Assurance Maladie ou de la Fédération Nationale des Orthophonistes.
Questions fréquentes sur le CRBO déglutition
Quel est le protocole du test de déglutition utilisé en orthophonie ?
Le GUSS (Gugging Swallowing Screen) est le test de référence en orthophonie hospitalière pour les patients cérébrolésés. Il comprend un sous-test indirect (évaluation de la vigilance, de la toux volontaire, de la déglutition salivaire, de la voix) puis des sous-tests directs avec textures croissantes : semi-solide (niveau IDDSI 4, ex. : purée mousseuse), liquide épaissi (niveau IDDSI 2, ex. : eau épaissie à texture "miel liquide"), puis solide (niveau IDDSI 6-7, ex. : pain ou biscotte). Le Water Swallow Test (90 ml d'eau plate en continu) est utilisé en dépistage infirmier mais n'a pas la même valeur sémiologique que le GUSS dans le cadre du bilan orthophonique. Le CRBO doit préciser quel test a été administré, dans quelles conditions (position assise à 90°, vigilance suffisante, absence de fatigue), les scores obtenus pour chaque sous-test et leur interprétation clinique.
Quels sont les examens de dépistage pour les troubles de la déglutition ?
L'évaluation orthophonique de la déglutition comprend trois niveaux d'examen. Premier niveau : l'examen clinique oro-pharyngé (tonicité bucco-faciale, mobilité linguale, sensibilité intra-buccale, réflexes). Deuxième niveau : les tests standardisés administrés par l'orthophoniste (GUSS, 3-oz Water Swallow Test). Troisième niveau : les examens instrumentaux réalisés en collaboration avec l'équipe médicale (naso-fibroscopie de déglutition ou FEES, réalisée par l'ORL ou le phoniatre ; vidéofluoroscopie ou transit baryté pharyngé, réalisé par le radiologue). Ces trois niveaux doivent être documentés dans le CRBO : vous précisez les résultats de l'examen clinique, les scores des tests standardisés et, si disponibles, les résultats des examens instrumentaux avec la date, l'opérateur et les conditions de passation.
Quelles sont les 4 phases de la déglutition à évaluer dans le CRBO ?
On décrit classiquement quatre phases physiologiques de la déglutition : préparation orale (mastication, formation du bol alimentaire), phase orale (propulsion linguale postérieure, déclenchement du réflexe de déglutition), phase pharyngée (transit du bol alimentaire dans le pharynx, fermeture vélo-pharyngée, ascension laryngée, fermeture glottique, ouverture du sphincter supérieur de l'œsophage), phase œsophagienne (transit œsophagien jusqu'à l'estomac). L'orthophoniste évalue les phases orale et pharyngée. La phase œsophagienne relève du gastro-entérologue (en cas de dysphagie œsophagienne : reflux gastro-œsophagien, sténose, achalasie). Le CRBO doit distinguer les signes cliniques propres à chaque phase évaluée : retard de déclenchement du réflexe (phase orale), stases pharyngées et pénétrations laryngées (phase pharyngée).
Quels exercices de rééducation figurer dans le projet thérapeutique du CRBO ?
Le projet thérapeutique du CRBO n'est pas un programme de rééducation détaillé séance par séance. Il précise les axes de travail prioritaires (renforcement lingual, ascension laryngée, coordination pneumo-phonique, adaptation posturale), la fréquence des séances préconisée (2 à 3 séances hebdomadaires selon l'intensité de la dysphagie), les mesures compensatoires immédiates (adaptations texturales selon IDDSI, postures compensatoires, fractionnement des repas) et les critères de réévaluation (à 6 semaines, à 3 mois, avec nouveau GUSS ou collaboration avec la diététicienne). Les exercices spécifiques (manœuvre de Mendelsohn pour augmenter l'ascension laryngée, effort de déglutition pour renforcer la propulsion linguale, manœuvre de Masako pour activer les muscles pharyngés, stimulation thermique pour faciliter le déclenchement du réflexe) sont documentés dans le dossier de suivi orthophonique, pas dans le CRBO initial.
En résumé
Le CRBO déglutition suit une structure obligatoire en six sections (anamnèse, observations cliniques, évaluation par axes, tests réalisés, conclusion, projet). Vous documentez les items cliniques prioritaires : tonicité bucco-faciale, ascension laryngée, toux post-déglutition, voix mouillée, stases orales, consistances IDDSI testées, signes de fausse route silencieuse. Le GUSS (score sur 20) structure l'évaluation clinique ; la FEES complète par l'observation instrumentale des stases et pénétrations laryngées. La conclusion diagnostique précise l'intensité de la dysphagie (légère, modérée, sévère), les phases atteintes (orale, pharyngée), les textures à risque et le maintien ou non de l'alimentation orale. Le projet thérapeutique structure les axes de rééducation, la fréquence des séances, les mesures compensatoires immédiates et les critères de réévaluation à 6 semaines.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un bilan réalisé par un professionnel de santé. Les informations présentées sont destinées aux orthophonistes en exercice. La prise en charge de la dysphagie est individuelle et pluridisciplinaire. Pour les recommandations officielles, consultez la Haute Autorité de Santé et la Fédération Nationale des Orthophonistes. Les exemples de formulations utilisent des patients entièrement fictifs.