CRBO dysorthographie : trame et modèle commenté
Trame CRBO dysorthographie section par section : tests ODEDYS-2, BALE, BELO, formulations diagnostiques, seuils ET et projet thérapeutique conforme nomenclature 2023.

Rédiger un compte-rendu de bilan orthophonique (CRBO) pour une dysorthographie isolée demande plus de rigueur clinique que pour un trouble dyslexie-dysorthographie associé. Parce que la différence entre retard orthographique et trouble dysorthographique ne repose pas sur un seuil chiffré seul : elle dépend de la formulation du praticien, de l'explicitation des critères d'exclusion et de la précision du type de dysorthographie identifié. La nomenclature générale des actes orthophoniques (avenant 20, arrêté du 25 juillet 2023) impose une structure de CRBO standardisée, mais c'est votre rédaction qui en fait un document recevable par la MDPH, l'Éducation Nationale et le médecin prescripteur. Cet article détaille la trame CRBO dysorthographie avec tests nommés (ODEDYS-2, BALE, BELO), formulations commentées et pièges à éviter. Pour approfondir les règles générales de rédaction du CRBO applicables à tous les domaines, consultez notre guide complet sur la rédaction du CRBO. Notez que le CRBO dyscalculie suit une logique similaire pour les troubles logico-mathématiques, avec une adaptation des batteries et des axes évalués.
Ce que le CRBO dysorthographie doit impérativement contenir
La nomenclature NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnels) et l'avenant 20 publié le 25 juillet 2023 définissent le contenu minimal du CRBO. La Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO) précise dans ses recommandations que tout compte-rendu de bilan doit comporter cinq sections obligatoires : anamnèse, observations cliniques, évaluation par axe, conclusion diagnostique, projet thérapeutique. Ces sections ne sont pas de simples rubriques administratives : elles structurent le raisonnement clinique et permettent au médecin prescripteur de comprendre le profil du patient en quelques minutes de lecture.
Pour un bilan dysorthographie, la conclusion diagnostique porte une responsabilité particulière : elle doit explicitement trancher entre retard orthographique simple (évolution favorable spontanée ou sous stimulation scolaire seule) et dysorthographie développementale (trouble persistant nécessitant rééducation). Ce choix repose sur trois critères cumulatifs : exclusion d'une déficience intellectuelle, exclusion d'un trouble sensoriel non corrigé (audition, vision), exclusion d'une carence pédagogique massive. Le CRBO doit mentionner ces vérifications dans l'anamnèse ou dans la conclusion. Leur absence rend le dossier MDPH non recevable, quelle que soit la sévérité des scores.
Les cinq sections obligatoires selon le cahier des charges 2023 :
- Anamnèse : plainte principale, histoire scolaire, antécédents, conditions de vie, vérification audition/vision, absence de déficience.
- Observations cliniques : comportement face à la tâche d'écriture, stratégies de compensation observées, absence (ou présence) de difficultés en lecture.
- Évaluation par axe : un sous-titre par axe (orthographe phonologique, lexicale, production écrite), test utilisé, score brut, score normé, interprétation.
- Conclusion diagnostique : formulation claire du diagnostic (dysorthographie phonologique/de surface/mixte), intensité (légère/modérée/sévère), critères d'exclusion remplis.
- Projet thérapeutique : axes de rééducation, fréquence, durée prévisionnelle, aménagements scolaires à préconiser.
L'arrêté du 25 juillet 2023 (avenant 20) impose que le CRBO soit transmis au médecin prescripteur dans un délai raisonnable après la fin du bilan. Ce document engage la responsabilité professionnelle de l'orthophoniste : toute formulation ambiguë expose à un refus de prise en charge ou à une contestation ultérieure.
Quels tests citer dans le bilan orthophonique dysorthographie
Le choix des tests détermine la qualité du diagnostic différentiel. Un CRBO dysorthographie sans test étalonné ou avec des scores bruts seuls ne permet pas au médecin prescripteur d'évaluer la sévérité du trouble. Les batteries recommandées couvrent l'orthographe phonologique (correspondances phonème-graphème), l'orthographe lexicale (mémorisation des formes orthographiques irrégulières), et la production écrite spontanée. Pour les patients présentant une dysorthographie isolée (lecture préservée), il est essentiel de le démontrer par des tests de lecture dans la norme : c'est ce qui différencie la dysorthographie de la dyslexie-dysorthographie associée.
ODEDYS-2 : évaluation des processus phonologiques et orthographiques
L'ODEDYS-2 (Outil de Dépistage des Dyslexies version 2) est une batterie d'évaluation normée du CE1 à la 5e. Étalonnage en scores pondérés (moyenne 10, écart-type 3) et percentiles (P1 à P99). Elle évalue simultanément lecture et orthographe par des tâches de dictée de mots réguliers (ex. : "caméra"), mots irréguliers (ex. : "monsieur"), pseudomots (ex. : "fralipe"). Les résultats permettent d'identifier si l'atteinte concerne prioritairement la voie phonologique (pseudomots chutés), la voie lexicale (mots irréguliers chutés) ou les deux (profil mixte).
Dans le CRBO, on cite : sous-tests utilisés, score brut (nombre de mots corrects sur total), score pondéré, rang percentile, interprétation clinique. Formulation-type : "À l'ODEDYS-2 (dictée de mots), Louis présente un score pondéré de 6 (P10), soit un écart de -1,33 écart-type par rapport à la norme de sa classe d'âge (CE2). La dictée de pseudomots chute à P5 (score pondéré 5), signant une atteinte modérée des processus phonologiques." Cette précision transforme un chiffre brut (14/20) en information clinique interprétable par le prescripteur et la MDPH.
BALE : batterie d'analyse du langage écrit
La BALE (Batterie Analytique du Langage Écrit) couvre le CE1 au CM2. Elle analyse séparément lecture et orthographe, permettant le diagnostic différentiel dysorthographie isolée versus dyslexie-dysorthographie. Les épreuves d'orthographe incluent dictée de mots réguliers, dictée de mots irréguliers, dictée de phrases, production écrite. Les épreuves de lecture mesurent décodage, fluence, compréhension. Pour un patient dysorthographique sans dyslexie, les résultats montrent un dissociation : lecture dans la norme (P > 25), orthographe déficitaire (P < 10).
Dans le CRBO, on cite : épreuves d'orthographe lexicale et phonologique, temps de réalisation (si pertinent), comparaison norme. Formulation-type pour dysorthographie isolée confirmée : "Les épreuves de lecture de la BALE se situent dans la norme (décodage P40, fluence P35), tandis que les épreuves d'orthographe révèlent un déficit significatif (dictée de mots P8, dictée de phrases P5). Cette dissociation permet d'écarter le diagnostic de dyslexie associée et de poser celui de dysorthographie développementale isolée."
Citer uniquement les scores bruts sans leur correspondance normée rend le CRBO illisible pour le médecin prescripteur, qui ne connaît pas les seuils pathologiques de chaque test. Toujours associer score brut, rang percentile ou écart-type, et interprétation en une phrase.
BELO : bilan d'évaluation du langage oral
Le BELO (Bilan d'Évaluation du Langage Oral) n'évalue pas l'orthographe directement, mais il joue un rôle dans le diagnostic différentiel dysorthographie. Il permet d'éliminer un déficit de traitement phonologique sous-jacent (trouble du langage oral impactant secondairement l'écrit) ou de confirmer l'intégrité du langage oral (critère de dysorthographie spécifique). Chez un enfant présentant une dysorthographie phonologique, des résultats normaux au BELO renforcent le diagnostic de trouble du langage écrit isolé.
Dans le CRBO, on mentionne le BELO uniquement si les résultats sont contributifs. Par exemple : "Le BELO (conscience phonologique, mémoire phonologique à court terme) révèle des performances dans la norme (P30 à P50), confirmant l'absence de trouble du langage oral sous-jacent." Inversement, si un déficit phonologique est identifié au BELO, on le signale en anamnèse et on précise son lien avec la dysorthographie observée. Sa mention n'est pas systématique : elle doit être justifiée dans la section "Axes évalués".
Autres outils complémentaires à mentionner selon le profil
D'autres batteries peuvent enrichir le bilan selon l'âge et le profil du patient. EO-ÉCRITURE (Évaluation de l'Orthographe et de l'Écriture) mesure la production écrite spontanée, la qualité orthographique en contexte, la gestion morphosyntaxique. ÉVALEC (CE1-CM2) évalue lecture et écriture de manière standardisée. L2MA-2 (Langage oral, Langage écrit, Mémoire, Attention, version 2) couvre le collège et permet d'identifier des troubles associés (mémoire de travail, attention). Si une suspicion de déficience intellectuelle existe, mentionner dans l'anamnèse qu'un test de QI a été recommandé ou réalisé (critère d'exclusion). Enfin, signaler systématiquement dans l'anamnèse que vision et audition ont été contrôlées (orthoptiste, audioprothésiste, ou bilan ORL/ophtalmologique normal récent).
| Test | Classe d'âge | Ce qu'il mesure | Ce qu'on cite dans le CRBO |
|---|---|---|---|
| ODEDYS-2 | CE1-5e | Orthographe phonologique, lexicale, lecture | Score pondéré, percentile, écart-type, type de dysorthographie |
| BALE | CE1-CM2 | Lecture et orthographe séparément | Dissociation lecture/orthographe, scores normés |
| BELO | 3-12 ans | Langage oral (conscience phonologique, lexique, morphosyntaxe) | Résultats uniquement si contributifs (éliminer trouble oral) |
| EO-ÉCRITURE | CE1-6e | Production écrite spontanée, gestion morphosyntaxe | Qualité orthographique en contexte, gestion accord |
| ÉVALEC | CE1-CM2 | Lecture, écriture, compréhension | Scores normés lecture/écriture, diagnostic différentiel |
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La structure du CRBO dysorthographie suit les cinq sections obligatoires du cahier des charges 2023. Chaque section a une fonction précise dans le raisonnement clinique : l'anamnèse pose le contexte et vérifie les critères d'exclusion, les observations cliniques décrivent le comportement face à la tâche, l'évaluation par axe quantifie les déficits, la conclusion diagnostique nomme le trouble de manière non ambiguë, le projet thérapeutique propose des axes de rééducation différenciés. Une rédaction rigoureuse protège le patient (accès aux aménagements), le médecin prescripteur (information fiable) et l'orthophoniste (responsabilité professionnelle).
Anamnèse : les éléments spécifiques à la dysorthographie
L'anamnèse recueille et mentionne explicitement : plainte principale (formulée par les parents ou le patient lui-même), histoire scolaire (redoublement éventuel, soutien scolaire, aide AESH), antécédents familiaux de troubles du langage écrit (récurrence familiale fréquente), absence de déficience intellectuelle (critère d'exclusion obligatoire), audition et vision contrôlées et normales. Pour la dysorthographie, il est crucial de noter si la plainte concerne uniquement l'orthographe ou si des difficultés de lecture sont également rapportées. Si lecture préservée : argument pour dysorthographie isolée.
Formulation-type : "L'anamnèse révèle une plainte d'orthographe isolée depuis le début des apprentissages (CP). Louis, 8 ans (CE2), présente des erreurs massives en dictée et en production écrite spontanée, contrastant avec des compétences de lecture fluide et précise. Aucun redoublement. Soutien scolaire hebdomadaire depuis septembre 2025 sans amélioration notable. Antécédent familial : père dysorthographique diagnostiqué. Vision et audition contrôlées en 2024 (bilan normal). Aucun antécédent neurologique, développement psychomoteur dans la norme."
Mentionner explicitement dans l'anamnèse que le niveau de stimulation scolaire est adapté (fréquentation régulière, enseignement conforme aux programmes) : cela écarte le critère d'exclusion "carence pédagogique massive" exigé par la définition de dysorthographie développementale (CIM-11 : F81.1).
Observations cliniques
Les observations cliniques décrivent le comportement du patient face à la tâche d'écriture : hésitations sur graphèmes complexes (ex. : "ain"/"ein"), omissions de lettres muettes (ex. : "gran" pour "grand"), erreurs phonétiquement plausibles (ex. : "maizont" pour "maison"), relecture orale fréquente pour vérifier, stratégies de contournement (évitement des mots inconnus, phrases courtes). Pour une dysorthographie isolée, noter explicitement l'absence de difficultés en lecture : "La lecture à voix haute est fluide et précise (texte CE2 lu à vitesse normale, compréhension orale excellente), en cohérence avec des compétences de décodage préservées."
Formulation-type : "En situation de dictée, Louis manifeste des hésitations importantes sur les graphèmes complexes (g/gu, c/qu, s/ss) et les morphogrammes (accord pluriel). Il relit systématiquement à voix haute pour vérifier la correspondance phonie-graphie. Plusieurs tentatives graphiques sont observées avant validation ("frai" puis "frais"). Les lettres muettes finales sont majoritairement omises ("gran" pour "grand", "encor" pour "encore"). L'écriture manuscrite est lente mais lisible, sans signe de dysgraphie associée."
Évaluation par axe : résultats et interprétation
L'évaluation par axe constitue le cœur quantitatif du CRBO. Elle structure les résultats par domaine clinique : orthographe phonologique, orthographe lexicale, production écrite, langage oral (si pertinent). Pour chaque axe, on cite : test utilisé, score brut, score normé (rang percentile ou écart-type), interprétation clinique en une phrase. Cette structure permet au médecin prescripteur de visualiser immédiatement les points forts et les points faibles du patient.
Le diagnostic différentiel se joue dans cette section. Dysorthographie phonologique : atteinte des correspondances phonème-graphème, erreurs sur pseudomots et mots réguliers, performances meilleures sur mots irréguliers mémorisés. Dysorthographie de surface : atteinte du lexique orthographique, erreurs sur mots irréguliers (phonétisation ex. : "oseau" pour "oiseau"), performances meilleures sur mots réguliers et pseudomots. Dysorthographie mixte : atteinte des deux voies, difficultés généralisées.
Tableau type :
| Axe évalué | Test | Score brut | Rang percentile | Interprétation |
|---|---|---|---|---|
| Orthographe phonologique | ODEDYS-2 Pseudomots | 8/20 | P5 | Déficit modéré voie phonologique |
| Orthographe lexicale | ODEDYS-2 Mots irréguliers | 12/20 | P20 | Performances limites, mémorisation partielle |
| Production écrite | EO-ÉCRITURE Dictée phrases | 45% erreurs | P8 | Déficit sévère gestion morphosyntaxe orthographique |
| Lecture (contrôle) | BALE Fluence | 96 mots/min | P40 | Compétences de lecture préservées (norme) |
Omettre les critères d'exclusion (pas de déficience, pas de trouble sensoriel, pas de carence pédagogique) rend le CRBO non recevable par la MDPH. Ces vérifications doivent être explicitement mentionnées dans l'anamnèse ou dans la conclusion diagnostique.
Conclusion diagnostique : comment formuler sans ambiguïté
La conclusion diagnostique engage la responsabilité de l'orthophoniste et conditionne l'accès aux aménagements. Elle doit nommer le trouble de manière explicite, préciser son type (phonologique/de surface/mixte), son intensité (légère/modérée/sévère), et mentionner les critères d'exclusion remplis. La formulation conforme aux recommandations FNO et HAS évite deux écueils : la formulation trop prudente ("difficultés évoquant une dysorthographie") qui ne permet pas la reconnaissance MDPH, et la formulation médicale ("diagnostic de dysorthographie posé") qui outrepasse le périmètre orthophonique.
Formulation conforme FNO : "Les résultats du bilan orthophonique sont en faveur d'une dysorthographie développementale phonologique, d'intensité modérée, sans trouble de la lecture associé. Les critères d'exclusion sont remplis : absence de déficience intellectuelle, audition et vision contrôlées normales, fréquentation scolaire régulière avec enseignement conforme aux programmes. Le trouble persiste malgré un soutien scolaire hebdomadaire depuis six mois, signant le caractère développemental de l'atteinte."
Nuance rédactionnelle critique : ne pas écrire "compatible avec" mais préférer "en faveur de" ou "permettant de poser le diagnostic de". Cette formulation engage l'orthophoniste sur un diagnostic clinique argumenté, sans empiéter sur le périmètre médical strict. Source : Recommandations de bonne pratique HAS dyslexie-dysorthographie (disponibles sur has-sante.fr, dernière mise à jour 2024).
Projet thérapeutique : axes de rééducation à mentionner
Le projet thérapeutique découle directement du type de dysorthographie identifié. Dysorthographie phonologique : travail des correspondances phonème-graphème (dictées de syllabes, assemblage, segmentation phonémique), renforcement conscience phonologique, encodage de pseudomots. Dysorthographie de surface : travail du lexique orthographique (mémorisation de mots fréquents irréguliers, stratégies visuelles, associations morphologiques ex. : "grand/grande/grandeur"), entraînement reconnaissance rapide formes orthographiques. Dysorthographie mixte : combiner les deux approches de façon séquentielle (phonologie puis lexique) ou parallèle selon le profil et la sévérité.
Formulation-type : "La prise en charge rééducative sera axée sur le renforcement des correspondances phonème-graphème (voie phonologique) et la mémorisation du lexique orthographique des mots fréquents irréguliers (voie lexicale), à raison de deux séances hebdomadaires de 30 minutes (cotation AMO 11 selon la nomenclature en vigueur). Durée prévisionnelle : 12 à 18 mois avec réévaluation semestrielle. Aménagements scolaires à préconiser auprès de l'équipe pédagogique : tiers-temps aux évaluations écrites, accès au correcteur orthographique en production écrite, évaluation privilégiée à l'oral des connaissances dans les matières non-linguistiques."
Les aménagements scolaires (tiers-temps, correcteur orthographique) ne sont pas conditionnés au CRBO seul : ils nécessitent un dossier MDPH complet (certificat médical, avis de l'équipe éducative, projet de scolarisation). Le CRBO est la pièce maîtresse de ce dossier, mais il ne suffit pas à déclencher les aménagements automatiquement.
Erreurs fréquentes dans les CRBO dysorthographie (et comment les éviter)
Certaines erreurs rédactionnelles reviennent dans les CRBO dysorthographie, compromettant leur recevabilité par la MDPH ou leur lisibilité pour le médecin prescripteur. Les éviter protège le patient et sécurise la pratique professionnelle.
Confondre dysorthographie et retard orthographique dans la conclusion. Un retard orthographique évolue favorablement sous stimulation scolaire adaptée ou soutien pédagogique. Une dysorthographie persiste malgré ces aides. Formulation incorrecte : "Louis présente un retard orthographique de deux ans." Formulation correcte : "Les résultats sont en faveur d'une dysorthographie développementale phonologique, persistant malgré un soutien scolaire hebdomadaire depuis six mois."
Omettre les critères d'exclusion. Absence de déficience intellectuelle, audition et vision normales, fréquentation scolaire régulière : ces vérifications doivent être explicitement mentionnées. Leur absence rend le diagnostic de dysorthographie développementale non défendable. Formulation incorrecte : aucune mention de vision/audition dans l'anamnèse. Formulation correcte : "Audition et vision contrôlées en mars 2025 (bilan audiométrique et ophtalmologique normaux). Aucun antécédent neurologique, développement psychomoteur dans la norme."
Citer les scores bruts sans leur correspondance normée. Un score brut (14/20 en dictée de mots) ne permet pas au médecin prescripteur d'évaluer la sévérité. Formulation incorrecte : "Louis obtient 14/20 à la dictée de mots ODEDYS-2." Formulation correcte : "Louis obtient 14/20 à la dictée de mots ODEDYS-2 (score pondéré 6, P10, soit -1,33 écart-type), signant un déficit modéré."
Mentionner la dyslexie dans le CRBO alors que la lecture est dans la norme. Cette confusion dessert le patient : diagnostic erroné, projet thérapeutique inadapté, refus MDPH possible. Formulation incorrecte : "Les résultats sont en faveur d'une dyslexie-dysorthographie." Formulation correcte : "Les épreuves de lecture se situent dans la norme (décodage P40, fluence P35), écartant le diagnostic de dyslexie. Les résultats sont en faveur d'une dysorthographie développementale isolée."
Oublier de préciser le type de dysorthographie. Un projet thérapeutique générique ("rééducation de l'orthographe") ne permet pas de défendre la spécificité de la prise en charge. Formulation incorrecte : "Rééducation de l'orthographe recommandée." Formulation correcte : "Rééducation axée sur le renforcement des correspondances phonème-graphème (dysorthographie phonologique) et la mémorisation du lexique orthographique (voie lexicale)."
En résumé
Un CRBO dysorthographie conforme protège le patient, le prescripteur et l'orthophoniste. Sa valeur repose autant sur la rigueur clinique (tests normés, scores interprétés, type de dysorthographie explicite) que sur la formulation rédactionnelle (conclusion non ambiguë, critères d'exclusion mentionnés, projet thérapeutique différencié). Trois points critiques : nommer le type de dysorthographie (phonologique/de surface/mixte), trancher explicitement entre retard et trouble développemental, associer systématiquement score brut et score normé pour chaque axe évalué. Un CRBO bien rédigé ouvre l'accès aux aménagements scolaires, justifie la prise en charge orthophonique et documente l'évolution du patient sur le long terme.
Cet article a été rédigé à destination des orthophonistes et professionnels de santé. Il ne constitue pas un avis médical et ne se substitue pas au jugement clinique du praticien. Toute décision diagnostique ou thérapeutique relève de la responsabilité de l'orthophoniste en charge du patient, conformément au code de déontologie de la Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO).