Test de l'horloge
Le test de l'horloge demande de dessiner un cadran, d'y placer les chiffres puis de régler les aiguilles sur une heure donnée. En quelques minutes, il sollicite la compréhension de la consigne, la mémoire sémantique de l'objet horloge, la planification et les capacités visuo-constructives. Il n'a ni auteur ni éditeur unique : plusieurs systèmes de cotation publiés coexistent, et le dessin se lit autant qu'il se compte.
Souvent associé au MMSE pour un repère cognitif global.
Public
Adulte / personne âgée
Durée
Quelques minutes
Éditeur
Pas d'éditeur ; systèmes de cotation publiés dans la littérature
Qu'est-ce que Test de l'horloge ?
Le dessin d'horloge a d'abord servi à explorer les troubles visuo-constructifs après des lésions cérébrales focales. Goodglass et Kaplan l'ont étudié de façon systématique dans le cadre de la batterie d'aphasie de Boston. En 1986, Shulman et ses collaborateurs l'ont utilisé pour la première fois comme outil de dépistage des troubles cognitifs chez la personne âgée, usage qui domine depuis.
La tâche paraît simple mais elle mobilise une chaîne de fonctions : comprendre une consigne verbale, retrouver en mémoire ce qu'est une horloge et comment elle code l'heure, organiser l'espace du cadran, programmer le geste graphique, puis convertir « 11 h 10 » en positions d'aiguilles (la grande aiguille sur le 2, et non sur le 10). Chaque étape peut échouer pour une raison différente, ce qui explique l'intérêt de l'analyse qualitative.
Il existe trois familles de cotation : des échelles semi-quantitatives qui jugent le dessin dans son ensemble (Shulman, Sunderland), des grilles quantitatives qui comptent des critères précis (Mendez, Tuokko) et des classifications qualitatives d'erreurs (Rouleau, 1992). Ces systèmes ne donnent pas les mêmes totaux et ne se convertissent pas les uns dans les autres.
Le dessin d'horloge est aussi intégré à des outils de dépistage plus larges : le MoCA en contient une épreuve, le Mini-Cog l'associe au rappel de trois mots, et le Codex cité par la HAS en utilise une version simplifiée.
À qui s'adresse Test de l'horloge ?
Le test s'adresse surtout à l'adulte âgé chez qui une plainte cognitive est évoquée, mais il s'utilise aussi après un AVC, un traumatisme crânien ou dans une maladie neurologique évolutive. Il suppose une vision suffisante, une main capable de tenir un crayon. La HAS rappelle que les tests de repérage se font à distance de tout épisode aigu, après vérification de la vision et de l'audition.
Âge précis
Adulte et personne âgée
Indications cliniques principales
Contre-indications
- Déficit visuel non corrigé : le dessin devient ininterprétable
- Atteinte motrice des deux mains empêchant le tracé
- Épisode confusionnel aigu ou altération de la vigilance : le résultat ne reflète pas l'état cognitif de fond
- Trouble sévère de la compréhension orale : la condition sur consigne mesure alors surtout la compréhension ; préférer la condition copie et le noter
Que mesure Test de l'horloge ?
Le test de l'horloge ne comporte pas de sous-tests au sens d'une batterie. On distingue deux conditions de passation et plusieurs composantes du dessin, chacune liée à des processus différents.
Une tâche de dessin, en une ou deux conditions (consigne, copie)
Conditions de passation
La comparaison des deux conditions est l'un des apports les plus utiles du test.
Dessin sur consigne verbale
Le patient produit l'horloge de mémoire. Cette condition sollicite la compréhension, la mémoire sémantique et la planification.
Copie d'un modèle
Le patient reproduit une horloge déjà dessinée. La charge exécutive et sémantique baisse ; il reste la perception visuelle et la visuo-construction.
Composantes du dessin
Contour du cadran
Forme et taille du cercle. Une taille anormale, très petite ou très grande, fait partie des erreurs décrites par Rouleau.
Chiffres
Présence des 12 chiffres, ordre, sens de rotation, répartition dans l'espace. C'est là qu'apparaissent les défauts de planification et la négligence spatiale.
Aiguilles
Présence de deux aiguilles, longueurs différenciées, position correcte. C'est la partie la plus exécutive : il faut recoder « 10 » minutes en position « 2 ».
Types d'erreurs (classification de Rouleau, 1992)
Classification qualitative la plus utilisée, en complément de tout score.
Taille du cadran
Horloge trop petite ou trop grande.
Difficultés graphiques
Tracé tremblé, cercle déformé, chiffres mal formés, sans erreur de conception.
Réponse liée au stimulus
Le dessin se laisse capter par un élément de la consigne, typiquement une aiguille sur le 10 parce que l'examinateur a dit « 10 ».
Déficit conceptuel
Perte de la représentation de l'horloge ou de sa façon de coder l'heure : aiguilles absentes, heure écrite en toutes lettres, objet qui ne ressemble plus à une horloge.
Déficit spatial ou de planification
Chiffres entassés d'un côté, espaces vides, chiffres hors du cadran, négligence d'une moitié.
Persévération
Chiffres au-delà de 12, aiguilles répétées, tracé repris en boucle.
Comment se passe la passation ?
⏱ Durée
Quelques minutes
🖥 Modalité technique
Papier-crayon. Selon le système retenu, la feuille est blanche ou porte un cercle déjà tracé, et l'heure demandée varie. Dans le protocole de Rouleau et coll. (1992), la consigne est de dessiner une horloge avec tous les chiffres et de régler les aiguilles sur 11 h 10, puis de copier un modèle réglé sur la même heure.
🧩 Modulaire
Oui, modules au choix
La condition copie est facultative mais recommandée dès que la condition sur consigne est échouée : elle aide à séparer un trouble exécutif ou sémantique d'un trouble visuo-constructif.
Matériel requis
Feuille blanche (ou feuille avec cercle prétracé selon le système de cotation)
Crayon
Modèle d'horloge à copier si la condition copie est utilisée
Grille du système de cotation choisi
Comment interpréter les résultats ?
Type de cotation
Dépend du système choisi : échelle globale hiérarchique (Shulman, Sunderland), grille de critères (Mendez, Tuokko) ou analyse qualitative des erreurs. Les totaux ne se comparent pas d'un système à l'autre. Certains outils de dépistage n'en gardent qu'un jugement normal / anormal, comme le Mini-Cog, où une horloge normale vaut 2 points sur un total de 5 avec le rappel de trois mots.
Échantillon de standardisation
Pas d'étalonnage unique. Chaque système de cotation a été validé dans ses propres études. Le niveau d'études et l'âge influencent la performance : un score s'interprète au regard du système utilisé et du profil du patient, pas d'un seuil universel.
Seuils cliniques
Aucun seuil commun à tous les systèmes. Dans la méta-analyse de Park et coll. (2018), la sensibilité et la spécificité regroupées pour la démence sont de 82 % et 75,7 % avec le système de Shulman, de 72,6 % et 87,9 % avec celui de Sunderland. Pour le trouble cognitif léger, une revue systématique (Ehreke et coll., 2010) conclut que le test ne doit pas servir au dépistage.
Pièges d'interprétation à éviter
- Comparer deux scores obtenus avec deux systèmes de cotation différents : ils ne sont pas sur la même échelle. Notez toujours le système et l'heure demandée.
- Conclure à un trouble exécutif chez un patient peu scolarisé : le niveau d'études influence la performance, indépendamment de toute pathologie.
- Interpréter un échec sur consigne chez un patient aphasique sans proposer la copie : l'erreur peut venir de la compréhension de la consigne, pas de la planification.
- Prendre un tracé tremblé ou maladroit pour un trouble cognitif : séparez les difficultés graphiques (motricité, vision) des erreurs de conception.
- Rassurer sur la base d'une horloge réussie : le test est peu sensible aux atteintes très légères et une mémoire épisodique déjà touchée peut coexister avec un dessin normal.
- Faire passer le test pendant ou juste après un épisode aigu : la HAS demande de tester à distance de ce type d'épisode.
Après un test de l'horloge, le compte rendu doit préciser le système de cotation utilisé et décrire le dessin, au-delà du seul score. Déposez vos résultats (PDF, photo ou Word) : vous pouvez ensuite rédiger le CRBO après un test de l'horloge, puis le relire phrase par phrase avant de l'envoyer.
Pour la forme finale : voir un exemple de compte rendu de bilan. Pour la méthode : intégrer les résultats de Test de l'horloge au CRBO.
Pour quel diagnostic utiliser Test de l'horloge ?
Voici les principales orientations diagnostiques qu'il est possible de documenter à partir des résultats de Test de l'horloge.
Maladie d'Alzheimer
Erreurs conceptuelles (aiguilles absentes, heure écrite, représentation de l'horloge appauvrie). Dans l'étude de Rouleau et coll., les patients font moins d'erreurs en copie que sur consigne, ce qui renvoie à la part sémantique et exécutive de la condition consigne.
Atteinte sous-corticale (maladie de Huntington)
Dans la même étude, les horloges sont plus souvent trop petites, alors qu'elles sont plus souvent trop grandes chez les patients Alzheimer. Décrivez la taille du dessin et la qualité du tracé dans les deux conditions.
Négligence spatiale unilatérale (AVC hémisphérique droit)
Répartition asymétrique des chiffres sur le cadran, d'un côté plus que de l'autre. À confirmer par des épreuves de négligence dédiées.
Syndrome dysexécutif
Réponse liée au stimulus (aiguille sur le 10), persévérations, mauvaise anticipation de l'espace (chiffres entassés en fin de tour). Comparer avec la condition copie aide à confirmer la part exécutive.
Trouble visuo-constructif
Échec dans les deux conditions, copie comprise, avec une représentation de l'horloge conservée (le patient sait dire où vont les aiguilles).
Limites diagnostiques à connaître
- C'est un outil de repérage. La HAS précise que les tests de repérage corroborent l'impression clinique et ne suffisent pas à diagnostiquer un trouble cognitif.
- Sensibilité insuffisante pour le trouble cognitif léger et les démences très débutantes : un dessin normal n'exclut rien.
- Le test ne mesure ni le langage, ni la mémoire épisodique : il complète le bilan orthophonique et un test de mémoire, il ne les remplace pas.
- L'absence de système de cotation commun limite la comparaison entre deux bilans réalisés par des professionnels différents.
Où acheter Test de l'horloge ?
Éditeur officiel : Pas d'éditeur ; systèmes de cotation publiés dans la littérature
Formation et prise en main
Pas de formation propre au test : la cotation suit le système choisi.
Avantages et limites de Test de l'horloge
Avantages
- ✓Passation de quelques minutes, sans matériel à acheter
- ✓Ne demande pas de réponse orale (la consigne, elle, est verbale) : utile quand la production orale est limitée
- ✓Explore la planification et la visuo-construction, absentes de nombreux tests de langage
- ✓L'analyse des erreurs oriente vers un mécanisme (conceptuel, exécutif, spatial, graphique)
- ✓La comparaison consigne / copie aide à séparer trouble exécutif et trouble visuo-constructif
- ✓Bien accepté par les patients, peu anxiogène
Limites
- ×Pas de système de cotation de référence unique
- ×Peu sensible au trouble cognitif léger
- ×Influencé par le niveau d'études, l'âge, la vision, la motricité de la main
- ×La condition sur consigne dépend de la compréhension orale, biais réel chez le patient aphasique
- ×Ne renseigne ni sur le langage ni sur la mémoire épisodique
Comparatif avec les tests concurrents
vs MMSE
Le MMSE donne un repère cognitif global mais la HAS note qu'il n'évalue pas les fonctions exécutives. L'horloge apporte cette dimension ; les deux sont souvent associés.
vs MoCA
Le MoCA contient un dessin d'horloge parmi d'autres épreuves exécutives et visuo-spatiales, avec un score global sur 30. Le test isolé permet une analyse plus fine du dessin et la condition copie.
vs Mini-Cog
Le Mini-Cog associe l'horloge au rappel de trois mots, coté sur 5. Il ajoute une mesure de mémoire mais réduit l'horloge à normal / anormal.
vs Test des 5 mots
Le test des 5 mots explore la mémoire épisodique verbale avec indiçage. Il répond à une autre question : l'horloge ne dit rien de l'encodage ni du rappel.
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Test de l'horloge dans votre compte rendu de bilan, sans ressaisie.
Le test de l'horloge n'a pas d'import automatique dans Ortho.ia. Vous déposez vos résultats (PDF, photo ou Word) ou les saisissez : système de cotation utilisé, heure demandée, score, et surtout votre description du dessin (contour, chiffres, aiguilles, copie). Ortho.ia rédige à partir de là le brouillon de votre compte rendu, que vous relisez phrase par phrase. Le brouillon ne pose pas de diagnostic et rappelle que le test est un repère de dépistage.
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Ce que les orthophonistes nous demandent.
Quelle heure faut-il demander de dessiner ?
Celle du système de cotation que vous utilisez. Le protocole de Rouleau et le Mini-Cog demandent 11 h 10. Cette heure oblige à recoder « 10 minutes » en aiguille sur le 2 et à répartir les aiguilles des deux côtés du cadran, ce qui fait apparaître les réponses liées au stimulus. Notez l'heure dans le compte rendu.
Faut-il toujours faire la copie ?
Elle n'est pas obligatoire, mais dès que le dessin sur consigne est échoué, elle est très informative. Une copie réussie oriente vers une difficulté conceptuelle ou exécutive ; une copie aussi échouée oriente vers un trouble visuo-constructif ou graphique.
Mon patient aphasique échoue au dessin sur consigne : est-ce un trouble exécutif ?
Pas forcément. La consigne est verbale et la compréhension orale fait partie des fonctions sollicitées. Vérifiez la compréhension, proposez la copie et décrivez ce qui a été fait dans le compte rendu.
Que signifie une aiguille pointée sur le 10 pour 11 h 10 ?
C'est la réponse liée au stimulus décrite par Rouleau : le patient se laisse capter par le chiffre entendu au lieu de le convertir en position. Cette erreur est classiquement rattachée à une fragilité exécutive.
Le test de l'horloge suffit-il à dépister un trouble cognitif léger ?
Non. Une revue systématique (Ehreke et coll., 2010) conclut qu'il ne doit pas être utilisé pour dépister le trouble cognitif léger. Il garde son intérêt comme élément qualitatif d'un bilan plus large.
Quel système de cotation choisir ?
Aucun ne fait l'unanimité. La méta-analyse de Park et coll. (2018) trouve le système de Shulman plus sensible et celui de Sunderland plus spécifique. L'essentiel est d'utiliser toujours le même, de le nommer dans le compte rendu et d'y joindre une description du dessin.
Le niveau d'études change-t-il l'interprétation ?
Oui. En général, un nombre d'années de scolarité plus élevé s'accompagne de meilleures performances. Chez un patient peu scolarisé, un dessin imparfait doit être interprété avec prudence et croisé avec le reste du bilan.
Comment présenter le test de l'horloge dans un compte rendu orthophonique ?
Indiquez la consigne et l'heure demandée, le système de cotation et le score, la ou les conditions passées, puis décrivez le dessin : cadran, chiffres, aiguilles, stratégie observée, corrections. Concluez sur ce que le dessin apporte au bilan de communication, sans en faire un diagnostic.
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