Bilan dyslexie logopédiste suisse : modèle CRBO
Modèle de bilan dyslexie pour logopédiste en Suisse romande : rubriques CRBO, financement (canton ou LAMal), outils utilisés en CH.

En Suisse romande, la rédaction du CRBO dyslexie obéit à des contraintes spécifiques : financement cantonal (pédagogie spécialisée) ou LAMal selon la situation, coordination avec le médecin prescripteur et l'école. Les modèles généralistes franco-français ignorent ces exigences. Cet article détaille les rubriques obligatoires, les outils validés en contexte helvétique et la logique de structuration du rapport. Vous y trouverez un modèle de bilan logopédiste en Suisse adapté aux pratiques romandes.
Conçu pour les logopédistes en cabinet privé confrontées aux règles de financement cantonales et LAMal, aux délais d'attente et aux demandes d'aménagements scolaires. Pas de définition paternaliste de la dyslexie : vous savez ce qu'est un F81.0.
Ce que le CRBO dyslexie doit impérativement contenir en Suisse
Un bilan logopédiste dyslexie transmis à l'assurance maladie (AOS) ou au médecin prescripteur doit répondre aux exigences de l'organisme financeur : l'assureur (OPAS, dispositions sur la logopédie) ou le service cantonal de pédagogie spécialisée. Une rubrique manquante expose à une demande de complément.
Les rubriques attendues par les financeurs
Identité complète de l'enfant (nom, prénom, date de naissance, n° AVS si disponible) et données du médecin prescripteur (nom, spécialité, coordonnées). Motif de consultation (qui a orienté : pédiatre, enseignant, parent) et anamnèse développementale détaillée (langage oral, acquisition de la lecture, parcours scolaire, redoublements, aides déjà mises en place).
Outils d'évaluation utilisés avec leur nom complet, version et normes de référence. Les résultats doivent être chiffrés par domaine : décodage, fluence, orthographe, conscience phonologique, mémoire phonologique. Indiquer systématiquement le score brut, le score normé (écart-type ou centile) et l'interprétation clinique.
Diagnostic logopédique selon la CIM-10 : F81.0 pour la dyslexie de développement, F81.1 pour la dysorthographie isolée. Préciser la sévérité et décrire le profil (procédures de lecture les moins efficientes, compétences sous-jacentes documentées) plutôt qu'un sous-type : les taxonomies « phonologique / de surface / mixte » sont jugées obsolètes par les recommandations de bonne pratique françaises (CFO, 2022) et le DSM-5 ne les utilise pas. Indication thérapeutique : nombre de séances préconisé (en LAMal, au plus 12 séances par prescription médicale ; au-delà de 60 séances d'une heure sur une année, le médecin traitant en réfère au médecin-conseil, OPAS art. 10), fréquence hebdomadaire, objectifs thérapeutiques prioritaires.
Signature manuscrite et numéro RCC (registre des codes-créanciers) du logopédiste : la convention tarifaire de logopédie ne rembourse que les logopédistes qui ont reçu ce numéro.
Source officielle : en LAMal, la prise en charge logopédique est régie par l'OPAS (RS 832.112.31). Pour l'enfant en âge scolaire, voir aussi le CSPS, logopédie et pédagogie spécialisée. Consultez OFSP - Ordonnance sur les prestations de l'assurance des soins pour le cadre légal.
Facturation du bilan dyslexie : pas de TARMED
TARMED, remplacé au 1er janvier 2026 par TARDOC et les forfaits ambulatoires (Conseil fédéral), est la structure tarifaire des prestations médicales ambulatoires : elle ne s'applique pas à la logopédie. En LAMal, la logopédie est facturée selon la convention tarifaire de logopédie, applicable aux membres des associations professionnelles DLV, ARLD et ALOSI ; la valeur du point est négociée au niveau cantonal.
Chez l'enfant, la logopédie en âge scolaire (y compris pour une dyslexie-dysorthographie) relève le plus souvent de la pédagogie spécialisée cantonale, avec des procédures et des tarifs propres à chaque canton (CSPS).
Recommandation : vérifiez les modalités de votre canton auprès du service de pédagogie spécialisée et de votre association professionnelle (par exemple l'ARLD en Suisse romande).
Le bilan logopédique initial n'est remboursé qu'une seule fois par période de couverture. Un bilan de renouvellement (après 2-3 ans) nécessite une nouvelle ordonnance médicale et une justification clinique documentée.
Outils d'évaluation validés en Suisse romande pour diagnostiquer la dyslexie
La validité diagnostique du bilan dyslexie repose sur l'utilisation d'outils standardisés avec normes de référence. En Suisse francophone, aucune batterie n'est officiellement certifiée par une instance fédérale. La pertinence clinique repose sur le jugement professionnel et les recommandations de la SLL.
Batteries standardisées disponibles en Suisse francophone
| Outil | Domaine exploré | Tranche d'âge | Notes contexte CH |
|---|---|---|---|
| ODEDYS-2 | Dépistage : décodage, encodage, phonologie | 7-15 ans | Outil de dépistage (non diagnostique), normes françaises |
| Alouette-R | Vitesse et précision de lecture | 6-16 ans | Normes françaises, couramment utilisé |
| LUM (Lecture en une minute) | Fluence | 7-12 ans | Outil informel, indicateur complémentaire |
| Mottier | Mémoire phonologique, répétition de logatomes | 5-10 ans | Épreuve de référence en CH |
L'absence de normes suisses officielles impose de documenter dans le CRBO la batterie utilisée, la version, l'année de publication et les normes de référence (françaises la plupart du temps). Interpréter les résultats en tenant compte du contexte scolaire romand (méthode d'apprentissage de la lecture, programmes HarmoS).
Ce que le bilan doit explorer au-delà de la lecture
Au-delà des épreuves de lecture qui fondent le diagnostic, explorez l'écriture et l'orthographe ainsi que les compétences sous-jacentes : conscience phonologique (segmentation, manipulation de phonèmes), mémoire de travail verbale, dénomination rapide automatisée (RAN). Ces compétences ne sont pas des critères diagnostiques en soi : elles servent à comprendre le profil et à planifier la prise en charge (une dysorthographie est fréquemment associée).
Évaluez aussi la compréhension orale pour distinguer une dyslexie pure d'un trouble mixte réceptif-expressif. Si un bilan psychologique ou neuropsychologique a été conduit, citez sa conclusion sur l'efficience intellectuelle (l'évaluation psychométrique ne relève pas du logopédiste). Selon le DSM-5, une déficience intellectuelle n'exclut pas automatiquement le diagnostic lorsque les difficultés excèdent celles habituellement associées.
Les comorbidités fréquentes (TDAH, dysphasie, dyscalculie, troubles visuels) doivent être signalées dans le CRBO. Orientez vers un pédopsychiatre si suspicion de TDAH, vers un neuropsychologue si profil cognitif hétérogène, vers un ophtalmologue si plaintes visuelles (convergence, poursuite oculaire).
Structure type d'un bilan dyslexie : le modèle section par section
Cette structure répond aux exigences de la LaMal et aux attentes des médecins prescripteurs. Chaque section correspond à une rubrique obligatoire du CRBO dyslexie logopédiste.
Partie 1 - Anamnèse et données contextuelles
Motif de consultation : qui a orienté (pédiatre, enseignant, parent), plaintes principales (« lit lentement », « confond b et d », « évite de lire »). Historique développemental : âge des premiers mots, âge des premières phrases, acquisition de la lecture (méthode utilisée à l'école), difficultés signalées dès le début de la scolarité ou apparition progressive.
Antécédents familiaux de dyslexie (parent, fratrie) : facteur de risque génétique à documenter. Langue(s) parlées au domicile : le plurilinguisme n'est pas un facteur causal de dyslexie mais peut complexifier le tableau clinique. Mentionnez si l'enfant est scolarisé en français langue seconde.
Évaluations antérieures : bilan logopédique scolaire, bilan neuropsychologique, bilan orthoptique. Précisez les dates et les conclusions. Aides déjà mises en place : appui pédagogique, mesures d'aménagements scolaires (temps supplémentaire, réduction de la charge de lecture).
Partie 2 - Résultats des épreuves
Présentez les résultats sous forme de tableau standardisé. Indiquez pour chaque épreuve : nom de la batterie, domaine évalué, score brut, score normé (écart-type ou percentile), niveau attendu pour l'âge et la classe, interprétation clinique.
Exemple de tableau :
| Épreuve | Score normé | Centile | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Alouette-R (vitesse lecture) | -2,5 ET | P1 | Très déficitaire |
| Lecture mots réguliers | -0,5 ET | P30 | Dans la norme |
| Lecture mots irréguliers | -2,8 ET | < P1 | Très déficitaire |
| Mottier (répétition logatomes) | -2,1 ET | P2 | Déficitaire |
Données fictives. Indiquez pour chaque ligne la batterie diagnostique étalonnée utilisée ; un outil de dépistage comme ODEDYS-2 ne suffit pas à fonder le diagnostic.
Indiquez les seuils cliniquement significatifs : en général, un score inférieur à -1,65 écart-type (percentile 5) est considéré comme pathologique. Documentez les stratégies compensatoires observées (ralentissement extrême pour limiter les erreurs, recours au contexte).
Partie 3 - Synthèse diagnostique et diagnostic différentiel
Rédigez une synthèse clinique argumentée. Exemple : « Les résultats objectivent des difficultés sévères en lecture de mots irréguliers et en fluence, contrastant avec des performances préservées en lecture de mots réguliers. Ces résultats permettent de poser le diagnostic de trouble spécifique des apprentissages avec déficit de la lecture (dyslexie), de sévérité [à préciser] ; la procédure d'adressage (lexicale) est la moins efficiente. La mémoire phonologique est également fragile, élément à prendre en compte dans le projet thérapeutique. »
Mentionnez explicitement le code CIM-10 : F81.0 Trouble spécifique de la lecture ou F81.1 Trouble spécifique de l'orthographe. Si comorbidité, ajoutez le code correspondant (F90.0 pour le TDAH, F80.2 pour la dysphasie réceptive-expressive).
Ne classez pas le trouble en sous-types (dyslexie phonologique, de surface, mixte) : ces taxonomies fondées sur les profils de lecture sont jugées obsolètes par les recommandations de bonne pratique françaises (CFO, 2022), et le DSM-5 ne les utilise pas. Décrivez plutôt le profil : procédure d'assemblage ou d'adressage la moins efficiente, compétences sous-jacentes fragiles, retentissement. Documentez les facteurs protecteurs : efficience intellectuelle dans la norme selon le bilan psychologique s'il existe, soutien familial, motivation scolaire préservée.
Partie 4 - Recommandations et indication thérapeutique
Nombre de séances préconisées : en LAMal, une prescription médicale couvre au plus 12 séances et une nouvelle prescription est nécessaire au-delà ; si la thérapie doit se poursuivre après l'équivalent de 60 séances d'une heure sur une année, le médecin traitant adresse une proposition motivée au médecin-conseil de l'assureur (OPAS). Indiquez la fréquence (2 séances hebdomadaires pour un bilan dyslexie sévère, 1 séance pour un trouble léger) et la durée des séances (30 à 45 minutes selon l'âge).
Objectifs thérapeutiques prioritaires : amélioration de la fluence, automatisation de la voie d'assemblage, renforcement de la conscience phonologique, stratégies compensatoires pour la compréhension. Précisez si rééducation isolée ou si coordination avec l'école recommandée.
Recommandations pour l'école : aménagements raisonnables selon l'accord intercantonal HarmoS et les bases légales cantonales. Exemples : temps supplémentaire aux évaluations (30 %), réduction de la charge de copie, accès aux supports audio pour les textes longs, éviter la lecture à voix haute en classe.
Orientation vers d'autres professionnels si comorbidités identifiées : neuropsychologue (si suspicion de TDAH ou de trouble cognitif associé), pédopsychiatre (si symptômes anxio-dépressifs réactionnels), orthoptiste (si troubles de la poursuite oculaire). Mentions pour les parents : associations de soutien (ADSR), outils numériques d'aide à la lecture (Dys-Vocal, Voice Dream Reader).
Modèle de CRBO dyslexie prêt à compléter, conforme aux normes suisses.
Rubriques pré-structurées, vocabulaire suisse romand, à compléter puis à signer.
Voir l'exemple de bilan dyslexie →Spécificités cantonales à connaître avant de rédiger votre CRBO
Malgré la LaMal fédérale, chaque canton applique ses propres modalités de prise en charge logopédique. Ignorez ces spécificités et vous exposez à des refus de remboursement ou à des délais administratifs supplémentaires.
Ordonnance médicale, délais et plafonds selon les cantons
En Suisse, la logopédie libérale nécessite une ordonnance médicale pour être remboursée par l'assurance obligatoire des soins (AOS). Une prescription couvre au plus 12 séances ; une nouvelle prescription est nécessaire au-delà (OPAS).
Si la thérapie doit être poursuivie après l'équivalent de 60 séances d'une heure sur une année, le médecin traitant en réfère au médecin-conseil de l'assureur avec une proposition motivée (OPAS). Nous n'avons pas trouvé de délai de réponse publié par les assureurs : ce point reste non vérifié.
Les conditions d'autorisation de pratique et d'admission à facturer à charge de la LAMal relèvent du droit fédéral et cantonal, et les démarches diffèrent d'un canton à l'autre : renseignez-vous auprès du service cantonal compétent et de votre association cantonale de logopédie.
Les enfants scolarisés peuvent bénéficier d'un bilan logopédique via le Service de logopédie scolaire (gratuit pour les familles, financé par le canton). Ce bilan scolaire est distinct du bilan privé LaMal. Il a une valeur diagnostique mais ne permet pas la prise en charge en cabinet privé. Si un bilan scolaire a déjà été conduit, mentionnez-le dans l'anamnèse du CRBO privé.
Les délais d'attente pour un bilan logopédique varient selon le canton, le service scolaire et le cabinet ; nous n'avons pas trouvé de chiffres publics fiables : toute moyenne serait non vérifiée. Si un bilan a déjà été réalisé par le service scolaire, mentionnez-le dans l'anamnèse.
Pour les ressources complémentaires à remettre aux familles, orientez vers l'Association Dyslexie Suisse Romande (ADSR). L'association propose des fiches pratiques, des ateliers pour parents et une liste de logopédistes agréés par canton.
FAQ - Questions fréquentes sur le bilan dyslexie en logopédie suisse
Comment trouver un logopédiste pour un bilan dyslexie à Genève ou en Suisse romande ?
Consultez l'annuaire de l'Association romande des logopédistes diplômés (ARLD) et le service cantonal de pédagogie spécialisée, qui oriente vers les logopédistes conventionnés du canton. Les délais d'attente varient fortement selon le canton (non vérifié).
Quelle est la différence entre un test de dépistage et un bilan de dyslexie ?
Un test de dépistage (parfois proposé en ligne ou par l'enseignant) est un outil de repérage non diagnostique. Seul le bilan logopédique complet (ou neuropsychologique) a valeur diagnostique et permet la prise en charge LaMal. Les tests gratuits en ligne ne remplacent pas le bilan clinique standardisé avec passation d'épreuves étalonnées.
Le bilan dyslexie est-il remboursé par l'assurance maladie suisse ?
Cela dépend de la situation. Chez l'enfant en âge scolaire, la logopédie relève le plus souvent de la pédagogie spécialisée cantonale. L'assurance obligatoire des soins (LAMal) prend en charge la logopédie dans les conditions de l'OPAS, sur prescription médicale (au plus 12 séances par prescription) et par un logopédiste disposant d'un numéro RCC. Vérifiez les modalités de votre canton et de l'assureur.
Dyslexie Fribourg : comment est organisée la logopédie scolaire ?
Dans le canton de Fribourg, la logopédie scolaire est assurée par des logopédistes du Service de l'enseignement spécialisé et de l'appui à la formation (SESAF). Le bilan scolaire est gratuit mais sa valeur pour la LaMal est limitée : il ne permet pas la facturation en cabinet privé. Un bilan privé distinct est nécessaire si la famille souhaite une prise en charge hors cadre scolaire.
En résumé
Le CRBO dyslexie logopédiste Suisse obéit à des contraintes spécifiques : rubriques attendues par le financeur (canton ou assureur LAMal), pas de TARMED (tarif médical), ordonnance médicale en LAMal. Utilisez des épreuves étalonnées (Alouette-R, Mottier ; ODEDYS-2 en dépistage seulement), documentez les résultats en écart-type, mentionnez le code CIM-10 F81.0 et précisez l'indication thérapeutique.
Les spécificités cantonales (délais, plafonds, conventions) imposent de vérifier les modalités locales avant de rédiger. Le modèle section par section présenté ici structure le rapport selon les attentes des assureurs et des médecins prescripteurs.
Points clés à retenir :
- Rubriques obligatoires : identité, anamnèse, outils, résultats chiffrés, diagnostic CIM-10, indication, signature RCC.
- Outils : Alouette-R, Mottier ; ODEDYS-2 pour le dépistage. Aucun étalonnage officiel suisse, jugement clinique requis.
- Spécificités cantonales : ordonnance médicale obligatoire en LAMal (au plus 12 séances par prescription), démarches d'admission propres à chaque canton, délais variables.
Cet article a une visée informative et professionnelle. Il ne remplace pas les recommandations officielles de la Société suisse de logopédie (SLL), les dispositions de la LaMal, ni l'OPAS en vigueur. Pour toute question relative à la facturation et au remboursement, consultez votre association cantonale de logopédie.